L’une des constantes de cette crise de la zone euro est que l’on ne sait jamais si les sommets de la dernière chance ont réussi à sauver la monnaie unique pour de bon. Celui de ce mois de décembre ne fait pas exception.

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont réussi à faire approuver par leurs partenaires l’inscription de la discipline budgétaire dans le marbre européen. Mais la réaction mitigée des marchés financiers, dans la journée qui a suivi le Conseil européen est peut-être un indice que tout n’est pas fini.

Carl’accord trouvé, qui exclut les euro-obligations que demandaient beaucoup d’acteurs financiers, exclut également d’accorder une licence bancaire au Mécanisme européen de stabilité qui sera installé en juin 2012.

Cela aurait permis à ce fonds de sauvetage de s’approvisionner en argent auprès de la Banque centrale européenne, garantissant ainsi à la zone euro des moyens illimités pour venir en aide aux pays en difficulté.

Cette perspective est toujours rejetée par l’Allemagne, qui craint l’inflation et une soumission de la banque centrale aux impératifs politiques. Mais ce refus prive la zone euro du “bazooka” qui ferait comprendre aux marchés qu’elle est en mesure de faire face à toutes les éventualités.

Avec la réforme des traités européens désormais engagée, l’Union gagne un peu de temps, et l’on devrait pouvoir encore utiliser nos euros début 2012, contrairement à ce que certains n’hésitaient pas à prophétiser ces dernières semaines.

C’est un résultat non négligeable. Mais, quelle que soit l’opinion que l’on a sur les marchés, les agences de notation et les spéculateurs qui attaquent les économies européennes, il faut espérer qu’ils se satisfairont de la décision des Vingt-Sept. Car le prix à payer est déjà très élevé : l’instutionnalisation d’une Europe à plusieurs vitesses, et la question désormais clairement posée de l’avenir du Royaume-Uni dans l’UE.

Même s’il faudra s’atteler à régler ces problèmes politiques décisifs, deux gestes permettraient de rendre ce prix plus acceptable. Tout d‘abord, que l’Allemagne, maintenant qu’elle a obtenu la discipline qu’elle demandait aux autres, s’ouvre à l’idée que la stabilité monétaire peut être compatible avec une forme de solidarité – des euro-obligations ou un soutien plus clair de la BCE aux pays fragilisés.

Ensuite, que les gouvernements européens prennent conscience qu’ils doivent sortir de la logique d’austérité et mettre en place les bases d’une véritable politique de croissance à l’échelle de l’Union. Il ont déjà un outil pour cela, la Stratégie 2020, qui ne demande qu’à être enfin prise au sérieux.