Après des mois de discussions, les ministres des Finances de la zone euro ont finalement trouvé un successeur au Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la tête de l’Eurogroupe. Au cours d’une réunion le 21 janvier à Bruxelles, ils devaient nommer le ministre des Finances néerlandais Jeroen Dijsselbloem (Parti travailliste, PvdA) à ce poste, croit savoir De Volkskrant. Le quotidien ajoute que le seul opposant à cette nomination, le ministre français des Finances Pierre Moscovici avait annoncé sur la chaine française TV5 qu’il ne s’y opposerait pas.

Martin Sommer, chroniqueur au Volkskrant, se réjouit de penser que Dijsselbloem fera preuve de plus d’euroscepticisme que son prédécesseur :

Juncker […] pensait que les dirigeants européens savaient exactement quoi faire, et que c’était juste dommage que l’électorat soit si difficile à convaincre. Ce fut le cœur de la pensée européenne pendant des lustres, et si je ne me trompe pas au sujet de Dijsselbloem, son attitude devrait être complètement différente.

Sommer pense que Dijsselbloem est le contre-poids bienvenu aux trois autres présidents de l’UE.

Dijsselbloem est […] l’avocat d’une politique fondée sur l’évidence, qui me semble être un bon fil directeur pour l’Europe. Il est également proche du [Premier ministre] Mark Rutte qui rejette toute vision à long terme [de l’UE]. C’est exactement ce dont nous avons besoin aux côtés du [président de la Commission européenne] Barroso, du [président de la BCE] Draghi et de celui [du Conseil européen] Van Rompuy. Tous les trois foncent tête la première vers "l’Union totale". Par ailleurs, les trois sont des catholiques du sud.

Público a une toute autre opinion. Le quotidien lisboète estime que "le départ de Jean-Claude Juncker de l’Eurogroupe marque la fin d’un cycle et ce n’est pas positif pour le Portugal."

Ce n’est une bonne nouvelle ni pour le Portugal, ni pour la monnaie unique, ni pour l’intégration européenne. Il a toujours été un allié du Portugal et n’a jamais cessé de prévenir contre les excès d’une culture "punitive" que les riches pays du nord impose à ceux du sud assiégés par la crise.

Público reconnaît que la capacité de dialogue de Juncker se retrouve chez son successeur :

Jean-Claude Juncker a toujours été capable de construire un pont entre les deux extrêmes de l’axe Paris-Berlin. Cette capacité de dialogue est aussi reconnue chez son successeur. Mais Jeroen Dijsselbloem va endosser son rôle en tant que représentant des pays riches et sans le poids politique de son prédécesseur. Il est l’homme d’une autre Europe, où les institutions de l’UE ont perdu de leur pouvoir et où l’intégration se fait non pas au nom du fédéralisme, mais au rythme d'une lutte de pouvoir circonscrite au centre de l’UE, qui va et vient, de Bruxelles à Berlin.