"Les contes russes conquièrent toujours les cœurs allemands", écrit Berthold Kohler, éditeur du Frankfurter Allgemeine Zeitung, dans un article intitulé "Vladimir le fort".

Il explique que le président russe a d’abord gagné le soutien des Russes en "leur montrant qu’il avait le pouvoir " de " corriger un monde qui a perdu l’équilibre". Selon lui, le peuple russe espère "que le monde peut devenir tel qu’il se l’imaginent dans leurs rêves" –

le président qui chevauche, chasse et nage – que l’on voit dans la nature sauvage torse nu – a instauré la sécurité et l’ordre après le chaos et l’effondrement des années Eltsine. […] La soumission au régime de " démocratie guidée " était le prix à payer. Les Russes l’ont accepté car Poutine a fait en sorte – ou du moins n’a pas empêché – qu’une plus grande partie de la société profite des revenus liés au pétrole et au gaz naturel.

En annexant la Crimée, Poutine s’est attaqué à la "douleur du membre fantôme" qui "hantait la Russie" depuis la perte de "son empire colonial aux alentours". Selon Kohler, Poutine a donné à la Russie l’impression qu’elle se "réveillait après des années de faiblesse".

Kohler cite trois raisons qui expliquent la "sympathie" pour ces sentiments en Occident : un sentiment de culpabilité à l’égard d’une "Russie pauvre, attaquée, humiliée et trahie" dans différentes circonstances, depuis la Seconde Guerre mondiale jusqu’à l’expansion de l’OTAN. Il s’agit d’un sentiment particulièrement fort en Allemagne qui est anti-américain et qui se base sur l’idée d’un "contre-pouvoir" pour empêcher une américanisation du monde". C’est aussi une recherche d’alternative pour "une société occidentale décadente et déboussolée". Cette quête -

s’accompagne d’un désir de leadership politique et spirituel fort – un désir également exprimé maintes fois en Allemagne (surtout par les dirigeants de groupes industriels) – mais bien évidemment dans les structures démocratiques existantes.

Kohler souligne que l’extrême droite "ne fait pas qu’admirer Poutine, elle le vénère", malgré l’intervention en Ukraine. Il observe que Marine Le Pen, présidente du FN, a qualifié Poutine de "dernier défenseur de la chrétienté en Europe", en ajoutant que le discours "antifasciste" de Poutine n’empêche pas Le Pen de faire les louanges du président russe – "notamment parce que les banques russes financent le Front national".

L’affirmation [de Poutine] des "anciennes valeurs" impressionne également les conservateurs perdus qui voit en lui (ou veulent voir en lui) le dernier croisé contre les aberrations de la société moderne : les mariages gay, l’égalité des sexes poussée à l’extrême, Conchita Wurst. […] Il est consternant que bien moins de conservateurs tiennent compte du fait que Poutine, dans sa croisade sans compromis, bafoue aussi les valeurs et les principes auxquels s’attachent l’idéologie conservatrice : la liberté, l’auto-détermination et l’Etat de droit.