Les manifestations qui ont éclaté à Chişinău à quelques jours de l’ouverture du sommet du Partenariat oriental de Riga risquent de peser sur les discussions entre l’Union européenne et les pays candidats à l’adhésion, à commencer par la Moldavie.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes – 30 000 selon les organisateurs, 10 000 selon les autorités – sont descendues dans les rues de la capitale moldave à l’initiative des organisations “unionistes” comme l’on dit en Moldavie. Ils demandaient l’unification avec la Roumanie voisine, avec laquelle la Moldavie partage la langue et une partie de son histoire, et protestaient également contre la corruption dont ils accusent le pouvoir, une coalition pro-européenne élue en decembre 2014.

L’union avec la Roumanie est notre seule chance d’entrer dans l’Union européenne, un endroit où règne la paix et où les gens ne cherchent pas à occuper les territoires des leurs voisins”, pouvait-on lire sur les pancartes qui entouraient un immense drapeau roumain porté par la foule. “Devant l’ambassade de Russie, les manifestants ont demandé le retrait des troupes russes stationnées depuis 1991 dans la région sécessionniste de Transnistrie”, la république prorusse autoproclamée la même année, rapporte l’hebdomadaire moldave Ziarul de Gardă.

Les manifestations inquiètent également les dirigeants européens et sont une source d’embarras au-delà de la rivière Prout : “L’idée d’une réunion avec la Moldavie, afin de reconstituer la Grande Roumanie qui existait dans l’entre deux guerres, est apparue peu de temps après l’effondrement de l’URSS”, remarque ainsi à Bucarest le quotidien Adevărul, pour qui “elle revient à chaque fois qu’il faut cacher sous le tapis des affaires de corruption, la pauvreté ou les failles du système judiciaire”. Le rêve de l’établissement d’une union avec la Roumanie, ajoute le quotidien roumain,

suscite la mélancolie, mais aussi l’hypocrisie. La conscience nationale s’est réveillée, d’une certaine façon, mais sans une diplomatie et une volonté politique et sans des investissements roumains dans la région, elle reste une utopie.