Aux Pays-Bas,De Volkskrant ironise sur le nombre de pays qui ont eu besoin d’aide, et note à la Une que “Le canot de sauvetage commence à être bien plein”. Le quotidien estime pourtant que l’aide de 100 milliards d’euros pour aider les banques espagnoles ne peut être comparée aux plans de sauvetage précédents. Aujourd’hui, l’enjeu est bien plus important :

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Si on pouvait encore faire passer l’aide à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal comme un remède à de problèmes mineurs et périphériques, la demande d’aide de Madrid est toute autre. Pour la première fois, un grand pays de la zone euro risque de tomber. […] L’Europe ne réagit pas à la crise trop peu et trop tard, mais généreusement et à temps. [...] De plus, il est positif que les démarches des deux dernières années vers une politique économique commune commencent à porter quelques fruits. [...] Pourtant il n’est pas certain que l’aide aux banques sauvera également l’Espagne. Et il y a deux bombes à retardement potentielles dans la zone euro. La première est la Grèce. [...] La seconde est l’Italie. [...] Il y a de plus en plus de monde à l’intérieur et autour du canot de sauvetage. Et la tempête n’est pas encore passée.

En France, Les Echosse félicitent que “les outils mis en place au niveau européen fonctionnent pour traiter une urgence de ce type”, grâce à l’intervention “d'un dispositif qui n'existait pas il y a encore quelques mois” et qui “permettra d'éviter un effondrement général du système financier du continent, qui eût été beaucoup plus coûteux”. Toutefois, le quotidien économique s’interroge sur “l’acceptabilité par les opinions publiques” du plan de sauvetage espagnol, ainsi que de ceux qui ont précédé : “Combien de citoyens européens ont conscience que l’Europe aura mobilisé d’une manière ou d’une autre environ 500 milliards d’euros pour venir en aide aux Etats en difficulté ?” se demande-t-il. Nicolas Barré estime par ailleurs que les plans de sauvetage ne pourront bientôt plus pallier l’absence de vrai projet pour la zone euro :

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Nous gérons des urgences depuis trois ans car la conception même de la zone euro est bancale. Ces plans successifs et coûteux ne seront acceptables que si les Européens montrent qu’ils ont aussi un plan pour en faire une zone viable et pérenne. Sinon, inévitablement, les forces centrifuges l’emporteront et nous aurons perdu, outre beaucoup d’argent, une grande partie de notre capacité à peser sur les affaires du monde.

Coté allemand, c’est le quotidien berlinois Die Welt qui obtient la palme du pessimisme, enaffirmant que chaque nouveau sauvetage créé de nouveaux fossés entre pays européens :

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On peut d’ores et déjà exclure que les 100 milliards d’euros amèneront un changement d’ambiance durable. Cela aurait pu être le cas si l’on avait pu interpréter l’aide comme un signe de la détermination européenne. Mais c’est le contraire. La gestion de la crise dans le cas de l’Espagne révèle plutôt la profondeur des fossés qui se creusent en Europe. D’un coté, un gouvernement oscillant entre l’égoïsme et le dilettantisme en Espagne, et de l’autre une communauté de pays mettant une pression plus ou moins brutale, n’inspirent pas la confiance. Comment pourra-t-on s’accorder sur les règles nécessaires au sein d’une union fiscale à venir, quand on a le plus grand mal à cacher ses désaccords lorsqu’il s’agit uniquement de sauver des banques pourries ?

Chez les voisins portugais, les espoirs que la demande espagnole entraîne un assouplissement du plan d’aide au Portugalsont enterrés par Diário Económico. Le quotidien note que

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la Commission européenne estime ‘très difficile’ que le Portugal puisse bénéficier d’une renégociation des conditions du sauvetage. Le gouvernement de Lisbonne a en effet décidé de ne pas prendre l’initiative de demander une renégociation. Le plan d’aide pour le Portugal était fondé sur trois piliers : les finances publiques, la recapitalisation des banques et les réformes structurelles. Ici, les conditions ne concernent que le secteur financier.

Dans le Corriere della Sera, l’économiste Federico Fubinis’inquiète de ce que l’intervention européenne n’échoue à rassurer les marchés, voire qu’elle n’obtienne les résultats opposés, en raison du fait que le Mécanisme européen de stabilité (MES), qui va financer l’aide à l’Espagne, devra être remboursé prioritairement par rapport aux autres créditeurs. Ces derniers courent ainsi à présent un risque plus important de ne pas être remboursés. De plus, note Fubini,

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un prêt du MES à l’Espagne pourrait contribuer à faire grimper la dette publique espagnole au-dessus de 100% du PIB au cours des cinq prochaines années, faisant encore plus peur aux investisseurs privés. Il n’y a pas une banque internationale qui n’ait déjà étudie ce scénario. […] L’intervention sur les banques ne pourrait être que le premier des sauvetages dont Madrid aura besoin. […] L’Italie est quant à elle le seul pays en difficulté à ne pas avoir dû demander de sauvetage. Elle peut continuer comme ça. Si les taux espagnols se stabilisent après l’octroi des aides aux banques, les taux italiens pourront baisser ; d’ici-là, un accord européen sur le système bancaire peut calmer la situation. Dans le cas contraire, l’incertitude sera très élevée et l’on regardera vers l’Italie avec de plus en plus d’attention.