À l’issue du référendum, 52 % des électeurs ont voté Leave, alors que 48 % d’entre eux (majoritairement à Londres, en Écosse et en Irlande du Nord) ont voté Remain. La grande majorité des 18-44 ans ont d’ailleurs choisi la deuxième option. Le 24 juin, David Cameron a annoncé son intention de démissionner de ses fonctions de Premier ministre et de leader du Parti conservateur, alors que la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon a déclaré que la possibilité d’un “second référendum” sur l’indépendance écossaise “était remise sur la table”.

"Personne, en dehors des nationalistes de tous les pays, ne peut accueillir ce résultat avec satisfaction.", écrit Laurent Joffrin. Pour le directeur de Libération,

Cover

Les forces de l’ouverture, de l’échange, de la tolérance, ont été sévèrement battues par les partisans de la méfiance et de la souveraineté solitaire. La peur de l’étranger, qui contamine les plus démocratiques des opinions, a joué son rôle délétère dans ce résultat dirigé contre les immigrés autant que contre l’Europe.[...] Pour l’Union européenne, la défaite est cinglante. La Commission, la Banque centrale, les gouvernements, les partis de gouvernement, tout ce que le continent compte d’esprits raisonnables et ouverts ont eu beau multiplier les mises en garde, et parfois les menaces, rien n’y a fait. Il est même probable que cette unanimité bienséante ait joué pour le Brexit en exaspérant le rejet de ceux d’en haut.

L’UE rendra peut-être le processus de sortie si dur pour le Royaume-Uni qu’aucun autre pays membre ne voudra emprunter le même chemin”, écrit Patrick Bernau, chroniqueur de la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Il affirme que d’autres pays comme le Danemark, les Pays-Bas ou encore la Slovaquie pourraient désormais être tentés de “prendre la porte” :

Cover

Maintenant que les Britanniques, généralement favorables au marché, font défection, l’Allemagne devra donc y réfléchir à deux fois avant de prendre des positions au sein de l’UE. L’UE présente de nombreux avantages et de nombreux inconvénients : ils doivent être discutés de façon rationnelle. L’Union n’a eu de cesse d’aider à tempérer les luttes de pouvoir, assurant du même coup le maintien de la paix, et elle a permis à l’Europe de tenir tête à d’autres régions du monde, notamment en ce qui concerne les négociations commerciales. D’un autre côté, voilà bien longtemps que l’on ne s’est pas soucié de l’attractivité de l’UE. Des pays différents les uns des autres ont été regroupés et mis dans le même panier, les partisans de l’UE sont allés trop vite en voulant créer une union politique alors qu’il n’existe pas de sphère publique européenne à proprement parler. Une chose est sûre : une UE qui aurait tendance à agir selon les règles de l’Europe du Nord n’est pas forcément l’option qui serait la plus conforme aux intérêts allemands.

José Ignacio Torreblanca, le responsable de la rubrique “opinion” du journal El País, pense que “la victoire du camp du Brexit est un immense camouflet pour le projet européen” et se demande “ce qu’il va se passer maintenant” :

Cover

De façon paradoxale, l’assurance dont font preuve la majorité des Britanniques dans leur choix de quitter l’UE coïncide avec le sentiment de découragement qu’a fait naître leur décision chez les Européens, ainsi qu’avec l’enthousiasme exprimé par les partis europhobes des autres pays de l’Union qui se sont félicités de la décision des Britanniques et qui souhaitent les imiter. Depuis la tenue de ce référendum, l’UE ressemble au Royaume-Uni en 1973 : elle est perdue et désorientée, dépassée par les évènements et n’a plus aucune carte en main. Après des années passées à renflouer les caisses des pays membres frappés par la crise financière, sauver le projet européen devient urgent. Cela suppose que les leaders de l’Europe élaborent un plan auquel ils accordent un soutien politique inébranlable.

Les Britanniques ont voté leur sortie de l’Union européenne et sont ainsi allés à l’encontre de la volonté de leur propre gouvernement, du leadership politique et économique, tout en ignorant les souhaits de leurs alliés”, écrit Peter Wolodarski dans le Dagens Nyheter. Il poursuit en expliquant que l’Europe “est en proie à un véritable tremblement de terre politique dont on ne peut prévoir les conséquences.” Il ajoute :

Cover

Ce dont nous pouvons être sûrs, c’est que les politique britannique et européenne vont connaître un changement radical. Le Royaume-Uni va abandonner le projet qui avait été créé après la guerre pour installer la paix et la stabilité. Sa sortie de l’Union sera extrêmement compliquée et ne manquera pas de soulever des questions quant à l’avenir de l’UE. Est-ce que d’autres pays partiront ? Un coup a été porté à l’UE et elle en est fragilisée. De plus, l’avenir du Royaume-Uni est lui-même très incertain : en Écosse, où la majorité des électeurs était favorable à un maintien dans l’UE, des plans prévoyant une sortie du Royaume-Uni sont en préparation. La situation est dramatique pour tous ceux qui voulaient que l’Europe reste ouverte et démocratique et que la cohésion soit son ciment. Le pire est arrivé. Pourvu que les répercussions de cette décision sur le reste du monde soient les plus minimes possibles.

Annamari Sipilä, la correspondante à Londres du Helsingin Sanomat, écrit quele choc des résultats vendredi matin a montré que la décision du leader du Parti conservateur, David Cameron, de tenir un référendum avait marqué le début de la fin”:

Cover

Cameron a promis le référendum dans le but de consolider son pouvoir ainsi que celui de son parti. Il savait que l’eurosceptisme est un sentiment répandu au Royaume-Uni et que le plébiscite n’était pas toujours le meilleur moyen pour prendre une telle décision. Cela ne l’a pourtant pas empêché de promettre un référendum. Il est maintenant temps d’en assumer les conséquences. [...] L’enjeu était de taille, et Cameron, tout comme le Royaume-Uni et l’Union européenne, est le grand perdant de l’histoire. However one looks at this sad affair, it is a defeat for the EU, which leaves it weakened within its borders and whose image abroad is of an actor in decline.

Dans les jours et les semaines à venir, les forces centrifuges qui s’exercent déjà dans l’UE tenteront doucement mais surement de compromettre cette dernière”, prévient Tomasz Bielecki, le correspondant à Londres de Gazeta Wyborcza, en affirmant :

L’intégration dans l’Union européenne n’est plus irréversible et tout nous pousse à croire que le Brexit produira une réaction en chaîne. Le Brexit va renforcer les partis populistes des autres pays membres. Les partis traditionnels devront tout faire pour surmonter la peur dévorante de perdre leur électorat et ainsi prendre les décisions nécessaires à la survie de l’Union. Aux yeux de la Russie, de la Chine et des États-Unis, le poids de l’Europe a considérablement diminué, de façon littérale, mais aussi économiquement et géopolitiquement parlant.

Cover