Les gouvernements des 27 pays de l’Union européenne (UE) sont majoritairement de droite. La majorité du Conseil européen et le président de la Commission, José Manuel Durão Barroso, le sont également. Quant au Parlement européen, qui va être renouvelé dans quelques jours, il est majoritairement de centre droit.

Certains citoyens espagnols, parmi ceux qui sont âgés de plus de 25 ans, ont toujours associé l’Europe à la citoyenneté politique et civile – libertés qui furent niées sous le franquisme – et à la citoyenneté sociale, par la création de l’Etat-providence. Pour eux, l’Europe a toujours incarné un projet progressiste. Apparemment, aujourd'hui cette réalité idéologique échappe aux électeurs. Les élections au Parlement européen, lequel est à l’origine de plus de la moitié des initiatives législatives ayant un impact sur la vie quotidienne des Européens, sont l’occasion de limiter ce nouveau déficit idéologique.

En outre, cet espace public qu’est l’Union européenne traverse une grave crise économique. Celle-ci se manifeste par une réduction considérable de l’activité, un chômage en forte hausse (plus de 20 millions d’Européens sans emploi) et une absence totale d'inflation, ce qui d’après certains spécialistes, annonce une déflation à court terme. A ces données conjoncturelles viennent s’ajouter un facteur structurel négatif – l’échec de l'agenda de Lisbonne, qui devait faire de l’UE la zone la plus "moderne" de la planète, dotée d'un modèle social propre – et un paradoxe : bien que la plupart des gouvernements de la zone soient conservateurs, la politique économique actuellement mise en œuvre est d’inspiration keynésienne. Elle passe par une stimulation de la demande en rupture avec le modèle libéral qui avait cours jusqu'en 2007.

Etant données la nature, la gravité et l'intensité de la crise, les citoyens – si l’on en croit les enquêtes de sondage et l’eurobaromètre – semblent conscients d’un fait dont les politiques de certains pays de l’Union, notamment l’Espagne, n’ont pas encore pris toute la mesure : une seule force politique n’est pas capable à elle seule de tirer les électeurs du marasme économique, mondial et systémique.

Il ne faut plus se voiler la face, il est devenu indispensable de signer un nouveau pacte, en lieu et place de celui qu’ont signé après-guerre les sociaux démocrates et les démocrates chrétiens et qui a fait de l’Europe un modèle intégrateur et une réussite. Ce pacte a ouvert la voie à l’âge d’or du capitalisme (la période pendant laquelle la croissance économique a été la plus forte et la plus durable jusqu’au milieu des années 70) et à la création de l’Etat-providence, meilleure utopie réalisable de l’humanité.

Felipe González qui préside le comité chargé de réfléchir à l'avenir de l'Union européenne conçoit ce nouveau pacte en cinq points : 1/ une politique économique anticyclique, propre à enrayer la récession, accompagnée de la mise en place d’un nouvel ordre financier afin de ne pas retomber dans les erreurs commises (accroître et améliorer la régulation financière) ; 2/ un nouvel ordre du jour qui remplace celui de Lisbonne et qui lie indissolublement le modèle économique européen et l’Etat-providence (comment être une puissance économique et technologique compétitive à l’heure de la mondialisation ? comment et jusqu’où peut-on financer la cohésion sociale pour maintenir le modèle social qui caractérise l’Europe ?) ; 3/ une politique énergétique qui assure la sécurité des approvisionnements tout en reconnaissant les limitations qu’impose la lutte contre le réchauffement climatique ; 4/ des politiques migratoires communes qui prennent en compte la coopération avec les pays émetteurs et qui s’attaquent aux causes des flux incontrôlés ; enfin, 5/ une politique de sécurité qui s’attaque non seulement au terrorisme, mais aussi aux mafias.

Est-il encore temps de s’entendre sur ces politiques à caractère plus transversal qu’idéologique ? Cela dépend pour en partie du résultat des élections au Parlement européen. Il est donc indispensable de voter.