C'est par la voix d'un député communiste que le débat sur la burqa (qui voile entièrement le corps et le visage de certaines musulmanes) et le niqab (qui laisse entrevoir les yeux) a été relancé en France. Le 17 juin, André Gerin a déposé une proposition pour créer une "commission d'enquête parlementaire sur le port de la burqa ou du niqab sur le territoire national". Quelques jours plus tard, lors de son congrès de Versailles, le président de la République annonce sa position en déclarant : "La burqa n'est pas la bienvenue sur le territoire de la République française".

Que se passerait-il si, devant les chambres des Lords et des Communes, la Reine d’Angleterre déclarait : “Mon gouvernement souhaite interdire la burqa", se demande Cassandra Jardine dans le Daily Telegraph. "C’est peu probable dans une société qui tolère les signes d’appartenance religieuse", même si, au sein de la communauté musulmane, l'idée serait favorablement accueillie par certains. Taj Hargey, du Centre d'éducation musulmane d'Oxford ,acclame l’initiative du président français : "Croire que la femme musulmane est tenue de se couvrir le visage est 'un lavage de cerveau doctrinaire”'. D'autres musulmans se disent au contraire scandalisés et se demandent si le président français a un jour parlé à un musulman. Ils s'étonnent aussi de voir Nicolas Sarkozy s’en prendre à la burqa alors qu’il est porté par moins de 5% des musulmanes. Ahmed Versi, journaliste au Muslim News, remarque que lorsque le ministre travailliste Jack Straw s’est plaint de voir des "femmes dont on ne voyait pas le visage", "encore plus de femmes se sont mises à le porter pour le défier.”

En France, un consensus semble se dégager sur l'intérêt d'établir la réalité de ce phénomène qui heurte le tissu social et culturel français, mais certains émettent des doutes sur l'opportunité de légiférer. "Le législateur sera-t-il à même de vérifier qui porte la burqa de manière forcée et qui la porte par choix ?", s'interroge dans Le Monde Hassan Safoui, du Comité 15 mars, une association qui, depuis la loi de mars 2004 interdisant le port de signes religieux ostensibles à l'école, aide les jeunes filles voilées. Afin de pouvoir identifier les personnes, certains établissements tels que les mairies, les gares ou encore les banques peuvent refuser le port du niqab ou de la burqa. Mais dans l'espace public, comment réglementer la tenue d'adultes sans viser spécifiquement les musulmans ?

En Belgique, l'arrivée au Parlement de Bruxelles d'une députée – Mahimur Özdemir – portant le foulard islamique et, au même moment, une proposition du ministère de la Justice d'autoriser ses fonctionnaires à porter le voile ont relancé la polémique sur les signes religieux et la neutralité de l'Etat. Michel Konen, le rédacteur en chef de La libre Belgique dresse un parallèle avec la Turquie. En 1999, une élue turque avait été déchue de son mandat pour avoir pénétré au Parlement portant un voile. "Faut-il, à Bruxelles, en 2009, se montrer moins sévère que la Turquie à l’égard des élu(e)s qui entendent afficher dans l’hémicycle des signes distinctifs quant à leurs opinions religieuses ?" interroge-t-il. "Depuis deux siècles, les Etats occidentaux séparent, à juste titre, le pouvoir spirituel du pouvoir temporel. Et garantissent aussi, parallèlement, la liberté d’expression. Et c’est parce que ces valeurs démocratiques sont fortes qu’il ne faut pas craindre que, dans l’enceinte parlementaire, où peuvent et doivent s’exprimer librement toutes les opinions, y compris religieuses ou laïques, une députée affiche son appartenance".

En Flandre, la discussion s’est enflammée depuis qu’un lycée d’Anvers a annoncé l’interdiction du port du voile et de tout signe religieux ostentatoire à partir de la rentrée. "Le problème c’est que la suppression d’une liberté entraîne aussi la disparition d’une autre liberté : quand on n’a plus le droit de porter le voile, on supprime aussi le droit de ne pas en porter puisque ce droit s’est transformé en devoir et vice versa",écrit Rik Torfs, professeur en droit religieux à l’Université de Louvain dans De Standaard. Mayrem Almaci, députée fédérale écologiste, estime que la pression qui vise les jeunes musulmanes ne sera pas touchée par l’interdiction : "Elle concernera autre chose : la longueur de leurs jupes, leur coiffure, leur maquillage…[…] Au lieu de s’en prendre aux ‘victimes’, il serait donc plus judicieux que les écoles, les communautés et la société s’attaquent au comportement des garçons".