Vers la fin des vacances d'été, Nicolas Sarkozy a donné des instructions pour que les bidonvilles et les camps roms qui s'étaient multipliés aux abords des villes et des banlieues françaises soient démantelés et que leurs habitants soient regroupés et expulsés. Expulsions qui ont fait l'effet d'une bombe dans toute l'Europe. Leurs motifs ont été remis en question : Sarkozy n'essayait-il pas par hasard d'user bassement de démagogie pour détourner l'attention de sa propre impopularité ? Ne foulait-il pas aux pieds la législation – car, après tout, les Roms ne sont-ils pas des citoyens de l'Union européenne, dotés du droit de circuler librement ? Le Vatican s'en est mêlé, et les Nations unies, par le truchement de leur Comité pour l'élimination de la discrimination raciale, ont demandé à la France de faire davantage d'efforts pour intégrer les familles roms, assurer l'instruction de leurs enfants et les installer dans des logements décents.

Ce qui relève bien entendu d'un idéal louable et qui semble parfaitement juste, mais ne vous sert pas à grand chose lorsque vous êtes un citoyen français qui a passé toute sa vie en France, a payé ses impôts et s'est réveillé un beau matin pour trouver au pied de son jardin un campement du tiers-monde – disons le mot – qui grossit de jour en jour. Que sont censés faire les pouvoirs publics ? Il ne s'agit pas ici pas de nomades qui achètent une parcelle et profitent d'un week-end de trois jours pour s'y installer au mépris du code de l'urbanisme ; mais d'une incursion d'un genre tout à fait différent.

Une vérité crue et politiquement incorrecte

Lorsque l'Italie s'est trouvée confrontée à un problème similaire, voilà quelques années, le gouvernement a fermé les yeux sur l'apparition de milices privées très inquiétantes. Si la France n'en est pas arrivée là, c'est peut-être parce que Nicolas Sarkozy a pris le taureau par les cornes. Pour condamner son action, il faut proposer une autre solution, ce qui est très difficile à trouver. Des familles entières vivent sans sanitaires ni aucune commodité, travaillant au noir quand elles travaillent, et leur vie est cependant plus agréable et plus avantageuse en France qu'elle ne l'était, ou ne le serait, là d'où elles sont originaires. Elles n'ont aucune raison de repartir. Or, le fait est que ces gens sont devenus des parasites pour une civilisation qu'ils n'ont pas contribué à construire, ni matériellement, ni culturellement, et qu'ils ne pourraient pas reproduire pour eux-mêmes.

Telle est la vérité crue, et politiquement incorrecte. Ces expulsions pourraient bien engendrer un mouvement de va-et-vient sans fin si les expulsés tentent de revenir. Mais le contribuable français doit-il payer l'école, les services publics, la formation professionnelle des familles roms pour leur donner un niveau de vie acceptable en France ? Pourquoi la France devrait-elle faciliter leur intégration quand la Roumanie, la Bulgarie, la Slovaquie et d'autres pays ont botté en touche ? Et si elle ne le fait pas, les Roms peuvent-ils, ou devraient-ils, être déchus de la liberté de circulation en vigueur dans l'ensemble de l'Union européenne, bien que ce soit déjà quasiment inapplicable dans la pratique ?

Mariages forcés, rapts, infirmités et crimes d'honneur

Il est malhonnête d'affirmer que l'on peut facilement faire coexister des niveaux de vie et des attentes aussi opposés et que les nouveaux venus peuvent être accueillis sereinement, ou accueillis tout court, sans lourdes dépenses et sans une énorme dose de bonne volonté. Le défi posé par les Roms n'est pas non plus un cas isolé.

Voilà environ un an, un rapport allemand a conclu que, contrairement aux prédictions, les Turcs allemands de deuxième et de troisième génération se mariaient en Turquie, provoquant ainsi une nouvelle vague inattendue de ce que l'on appelait autrefois l'"immigration primaire", et freinant leur intégration. Un phénomène similaire s'observe dans les communautés pakistanaises et bengalaises en Grande-Bretagne, qui ont reproduit leur organisation villageoise dans certains quartiers des villes britanniques et vont chercher leurs conjoints "au pays".

L'idée qui veut que l'intégration n'est qu'une simple question de génération n'a pas été prouvée. La Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne sont toutes trois allées chercher de la main d'œuvre à l'étranger, bon marché de préférence. Mais, en réalité, en recrutant dans les zones rurales de pays moins développés, nous avons délocalisé des villages entiers et importé des microcosmes victimes d'un retard que nous avions comblé ici. Avec l'arrivée des conjoints et des personnes à charge qu'ils peuvent légalement faire venir de leur pays d'origine, le Royaume-Uni se trouve désormais confronté à un problème de votes frauduleux, de mariages forcés, de rapts, de "crimes d'honneur" et d'infirmités physiques – comme l'a montré un récent numéro de l'émission Dispatches sur Channel 4 – causées par les mariages entre cousins germains. La tuberculose, la maladie des quartiers pauvres de l'ère victorienne, qui avait été quasiment éradiquée, fait son retour, et les traitements réclament de l'argent et des moyens en personnel que les pays riches auraient peut-être souhaité utiliser ailleurs.

Dans un sens, c'est le sempiternel épineux problème du post-colonialisme, et nos générations post-coloniales ne devraient peut-être pas lésiner sur les dépenses ; après tout, nous nous sommes servis de ces pays autrefois. Toutefois, les juxtapositions que l'on observe aujourd'hui, et qui sont le résultat de migrations transfrontalières massives, menacent de provoquer un choc des civilisations, dans lequel se confronteront non pas les religions, mais les niveaux de vie, et ce juste devant notre porte.