Elle est apparue combative et s’est exprimée d’une voix ferme. Hier [4 mai], la présentation par Cecilia Malmström des nouvelles propositions de la Commission pour "une meilleure gestion des migrations vers l’Union européenne” a suscité de nombreuses questions empreintes de scepticisme de la part de la presse européenne.

La Commissaire européenne y a apporté des réponses réfléchies, mais a également défendu un certain nombre de principes fondamentaux pour les orientations futures de la politique européenne en la matière. Des déclarations qui ont fait plaisir à entendre. Les débats houleux de ces dernières semaines sur les réfugiés d’Afrique du Nord ont en effet exacerbé les passions en Europe.

Si, pour l’heure, un nombre limité d’embarcations ont traversé la Méditerranée, cela n’a pas empêché l’Italie et la France d’ouvrir le bal des dissensions. Puis, les deux pays se sont mis d’accord pour réclamer ensemble des contrôles aux frontières au sein de l’espace Schengen – qui les avaient supprimés. Si les dirigeants politiques continuent à réagir de la sorte, la "forteresse Europe" sera de plus en plus imprenable de l’extérieur tout en se désagrégeant de l’intérieur.

Une situation dramatisée

Ces derniers mois ont certes été éprouvants pour Malte et pour l’île italienne de Lampedusa. Le bon sens voudrait que les pays européens coopèrent pour accueillir les réfugiés et participent activement à l’aide apportée aux personnes qui fuient leur domicile dans le contexte du printemps arabe. Dans le même temps, il est important d’éviter de tomber dans les exagérations.

Des mouvements xénophobes européens de plus en plus puissants dramatisent la situation et tentent d’en profiter pour fermer les frontières tous azimuts. Jusqu’à présent, seules 25 000 des 650 000 personnes chassées par les révoltes d’Afrique du Nord ont gagné l’Europe.

L’immense majorité des migrants ont été pris en charge par les pays voisins. Et sur ces 25 000 personnes, seules quelques milliers ont demandé l’asile et seront donc autorisées à rester sur le territoire européen après un examen des risques liés à leur sécurité.

Voilà pourquoi le message de Cecilia Malmström est nécessaire. La Commissaire européenne lance un appel à la raison et à la mesure, en rappelant que le devoir de l’Union européenne est d’accueillir les individus qui fuient les persécutions.

Des contrôles pour des cas spécifiques et limités

Cecilia Malmström donne raison à la France et à l’Italie sur un point. Elle estime que les membres de l’espace Schengen doivent être autorisés à rétablir les contrôles aux frontières dans des cas très spécifiques et limités. Mais elle rappelle également que l’Union a besoin de main d’œuvre et devrait par conséquent ouvrir ses frontières à l’immigration légale en provenance d’Afrique du Nord. Dans le même temps, elle propose de renforcer les contrôles aux frontières extérieures de l’UE et de mettre un terme à la traite des êtres humains et à l’immigration illégale.

Elle se livre ici à un véritable numéro d’équilibriste : appeler de ses vœux une Europe ouverte dotée d’une politique d’asile généreuse tout en défendant les contrôles aux frontières – à la condition qu’ils soient effectués dans le respect de l’humain et du droit. A défaut, le risque est un effondrement de l’ensemble du système.

Hier, Europol – la police européenne – a rappelé par exemple qu’une partie des trafics d’êtres humains à destination de l’UE passaient par la Grèce. L’immigration illégale, qui transite par les pays des Balkans, aurait fortement augmenté l’année dernière, selon Europol.

Le trafic d’êtres humains est un crime qui doit être combattu. Mais entraver la liberté de mouvement au sein de l’Union n’est pas la solution. Il faut en revanche améliorer et renforcer la coopération entre les polices.

Ce sont là des questions politiques sensibles qui appellent un débat ouvert. La Commissaire suédoise ose défier les mouvements xénophobes au moyen d’arguments honnêtes. C’est là un acte utile, et courageux.