"Souvenons-nous !", titre Magyar Hírlap, qui célèbre le vingtième anniversaire de ce "moment marquant de la mémoire européenne". Le quotidien hongrois rapporte ensuite les propos de la chancelière allemande Angela Merkel qui a récemment déclaré, "l’Allemagne remerciera toujours le peuple hongrois pour son courage". Merkel a fait le déplacement à Sopron le mercredi 19 août 2009, ainsi que plusieurs des 661 ex allemands de l'Est qui avaient profité de l'ouverture temporaire de la frontière lors de l'événement pour passer à l'Ouest. Le quotidien hongrois note encore que "le pique-nique reste pour les Allemands un moment charnière ayant mené à la réunification de leur pays. Ils seront aujourd'hui comme chez eux, puisque la ville a plusieurs panneaux de signalisation bilingues hongrois allemand."

"Le pique nique a fait tomber le Rideau de fer", écrit de son côté le quotidien roumain Adevarul. Ce jour-là, Budapest "a testé Moscou", estime-t-il avant d'ajouter que l'événement n'avait pas qu'une dimension politique. "Des mobiles économiques ont également joués. Les Hongrois devaient voir à l'entretien du rideau de fer et régulièrement renouveler les 246 kilomètres de barbelés, l'opération leur coutait cher !" Le barbecue organisé autour "de saucisses et de la bière" va déclencher ce qui est encore aujourd’hui surnommé en Roumanie comme "le grand exode des Allemands de l’Est", poursuit Adevarul. Entre le 19 août et la chute du mur le 9 novembre 1989, plus de 50 000 Allemands de l'Est vont passer à l'Ouest.

"Rien n'a été planifié à l'avance", confie à Der Standard Walburga Habsbourg-Douglas, qui a participé à l'organisation du pique-nique avec Otto de Habdsbourg. Le quotidien viennois explique que c'est son père qui a noué les contacts avec le gouvernement hongrois. Walburga a quant à elle fait distribuer des tracts jusqu'au lac Balaton, lieu de villégiature privilégié des Allemands de l'Est. "Les vacanciers attendaient que quelque chose se passe. Le pique-nique a été organisé pour montrer que la Hongrie faisait partie de l'Europe. Quand j'ai vu les gens accourir, j'ai pensé que ça pourrait être le début de quelque chose."

La Süddeutsche Zeitung de Munich dresse quant à elle le portrait du "héros du jour" : le sous-colonel Árpad Bella, responsable du poste-frontière hongrois, ce "garde qui ne voulait plus jouer au gardien de prison et qui a laissé les réfugiés traversé un rideau déjà fragile". Pourtant, remarque le Times, de Londres, en ce jour de 1989, Bella avait maudit son destin : "curieusement, ou peut-être pas, ses supérieurs étaient absents ce jour-là. Le commandant du poste frontière était en vacances en Union soviétique et son adjoint était introuvable". La Süddeutche Zeitung l'a également rencontré et le cite dans le cours de son portrait. "Je savais que j'allais probablement me retrouver condamné à la prison pour plusieurs mois, voire des années", dit-il. Le quotidien remarque toutefois que "son pragmatisme l'a emporté : il les a laissé courir", ajoutant que c'est Bella qui avait convaincu ses collègues autrichiens de ne pas s'interposer.

En fait, note le quotidien espagnol ABC, cette décision a été prise, car, depuis plusieurs mois, la consigne donnée par le gouvernement hongrois était de laisser faire", non sans l'accord tacite de Moscou. Budapest "s'était ainsi démarqué de la ligne officielle des pays communistes, au grand dam du leader de la RDA, Erich Honecker". ABC cite pour preuve les propos confiés par le Premier ministre hongrois de l'époque, Miklos Nemeth. Celui-ci avait alors affirmé qu'"il s'agissait de vérifier si Mikhaïl Gorbatchev m'avait dit la vérité, ou bien si l'Union soviétique allait réagir en donnant l'ordre d'intervenir à ses troupes basées dans notre pays".