Entre 12 et 47 % – telle est la part des femmes dans les parlements des Etats membres de l’UE. Ce taux de féminisation très différencié dépend en partie des moyens que les Etats mettent en œuvre pour soutenir les femmes en politique.

Deux grands concepts émergent dans ce contexte : une loi sur la parité qui impose un nombre égal d’hommes et de femmes sur les listes de candidats aux élections. Et des quotas internes aux partis qui s’obligent eux-mêmes à respecter un équilibre entre les candidats des deux sexes lorsqu’ils composent ces listes.

Onze des 28 Etats membres ont adopté des règles sur la parité des sexes dans leurs parlements nationaux. Dans certains cas, ces quotas ont eu un impact conséquent sur la part des femmes au parlement.

En Espagne, le gouvernement a mis en place un quota juridiquement contraignant qui force les partis à présenter au minimum 40% de candidats de chacun des deux sexes sur les listes. La part des femmes a bondi à 46%. Elle s’est stabilisée depuis autour de 41% selon une étude de l’Union interparlementaire.

Dans d’autres pays, des taux de féminisation élevés ont été atteints malgré l’absence de quota de femmes fixé dans les institutions politiques. La Suède et la Finlande en sont des exemples. 47% des députés suédois sont de sexe féminin. Le pays est le leader européen en la matière, suivi par la Finlande et ses 42%.

La Suède est souvent citée en exemple car son gouvernement est le plus féminisé. Les règles internes volontaires des partis y ont une longue tradition et remplacent le quota national. Elles ont intériorisé le principe concernant le choix des candidats dès la fin des années 70.

On peut donc en conclure que c’est la bonne volonté des partis qui détermine la situation. Ce truisme est appuyé par l’exemple par excellence de la France. La constitution y a été modifiée en 1999 de telle sorte qu’une loi sur la parité a pu entrer en vigueur en 2000. Celle-ci dispose que les listes doivent être paritaires, sous peine de sanction lors du remboursement des frais de campagne.

Le parti de Macron féminise l’Assemblée nationale

Cependant, ce n’est qu’avec l’arrivée de la République en Marche d’Emmanuel Macron au pouvoir que le pays a réussi un bond de 12 points : exactement 40% des députés actuels sont des femmes. Cette hausse découle notamment du fait que le parti a présenté de nombreuses candidates qui avait de fortes chances de l’emporter, expliquent les chercheurs. Ainsi, le pays est passé de la 64e à la 16e place dans le classement mondial de l’UIP. La France occupe le 4e rang dans l’UE.

Dans certains pays, la part des femmes reste faible malgré les quotas juridiquement contraignants. On peut expliquer cette anomalie par des cibles peu ambitieuses, comme par exemple en Grèce. On y retrouve, aussi bien dans la constitution que dans la loi électorale, un quota gravé dans le marbre imposant un minimum d’un tiers des candidats des deux sexes sur les listes des élections nationales et locales. Si le seuil n’est pas franchi, le parti se verra refuser le droit de participer au scrutin. Et pourtant, la part des femmes n’y est que de 19%.

Même les sanctions financières s’avèrent parfois insuffisantes : en Croatie, le non-respect du quota pour le parlement national est passible d’une amende de 50 000 kunas, soit 6 700 euros. Les députées n’y représentent que 21% des parlementaires.

Moins de femmes dans les parlements des pays sans quotas

Dans l’ensemble, les données tendent à indiquer que les parlements des Etats de l’UE sans quotas nationaux ou internes aux formations politiques ont les taux de féminisation les plus faibles. Il y est compris dans une fourchette entre 12 et 28%. Malte et la Hongrie sont les lanternes rouges.

Les pays où aucune législation contraignante n’existe mais dont les partis se fixent volontairement des seuils sont caractérisés en général par une part élevée de femmes au parlement, même si elle n’est pas forcément aussi élevée qu’en Suède.

En Autriche, trois forces politiques s’imposent des quotas de femmes compris entre 33 % et 50 %. 37 % des parlementaires y sont de sexe féminin.

La législation allemande n’est pas contraignante en la matière et le taux n’y atteint que 31% ; un niveau similaire à celui d’il y a 20 ans. Les partis y ont adopté des dispositions dans leurs règlements : les statuts de la CDU parlent d’un minimum d’un tiers, die Linke respecte à chaque fois la parité parfaite, les Verts alternent candidats femmes et hommes sur leurs listes. La CSU et le SPD se sont dotés de règles similaires. Le FDP et l’AfD ont rejeté ce système. Ce sont les partis dont les groupes parlementaires comportent le moins de femmes.

Les gouvernements français et suédois sont les plus féminisés

L’influence des règles internes aux partis et d’une loi relative à la parité sur la présence des femmes en politique se fait ressentir également à un niveau plus élevé : les gouvernements français et suédois étaient, selon une étude de l’OCDE, les plus féminisés en 2017, même si les quotas ne concernent pas les postes ministériels. Plus de la moitié des portefeuilles y revenaient aux femmes. La Slovénie et le Danemark les talonnaient.

La Hongrie ferme à nouveau la marche : au moment de l’étude, le gouvernement de Viktor Orbán ne comportait aucune femme. Actuellement, une ministre siège au cabinet – Andrea Bártfai-Mager – mais elle ne dispose d’aucun portefeuille.

Les lois sur la parité et les quotas n’ont pas d’influence apparente sur le sexe du chef du gouvernement : sur les 28 Etats membres actuels de l’UE, seuls trois sont dirigés par des femmes. Il s’agit d’Angela Merkel (Allemagne), Theresa May (Royaume-Uni) et Viorica Dancila (Roumanie).