Au vu de la crise économique et financière qui a touché l’Europe au cours de la dernière décennie, la Commission européenne (CE) a décidé de faire de la restructuration des investissements sur le Vieux continent un de ses objectifs stratégiques.

Dans ce contexte, une des initiatives clés ayant marqué la présidence de la Commission européenne de Jean-Claude Juncker a été sans aucun doute le plan d’investissement pour l’Europe également appelé plan Juncker.

Selon la Commission européenne, le plan Juncker a trois objectifs principaux : éliminer les obstacles à l’investissement, "apporter de la visibilité et une assistance technique" aux projets d’investissement, et "mieux utiliser les ressources financières".

En se concentrant sur le premier objectif, l’Union européenne a créé le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) qui offre la garantie de mobiliser des investissements privés dans les Etats membres de l’UE. Dans ce cadre, la Commission européenne collabore étroitement avec le groupe BEI (Banque européenne d’investissement) principalement.

En décembre 2018, la CE a publié une mise à jour relative à l’avancée du plan Juncker et plus précisément aux résultats du FEIS. Selon ces données, l’investissement a profité aux secteurs suivants, par ordre décroissant : petites entreprises (33 %), recherche, développement et innovation (22 %), énergie (19 %), économie numérique (11 %), transport (7 %), social (4 %), et environnement et utilisation sociale des ressources (4 %).

Pour donner un aperçu plus détaillé des résultats actuels du plan Juncker, nous avons extrait les données fournies par la Commission européenne.

Les effets multiplicateurs et l’allocation des ressources

La première illustration donne un aperçu des ressources financières qui ont été allouées à des projets précis dans chaque Etat membre, et, plus important encore, le volume des investissements que la Commission européenne prévoit de lancer. Si l’on regarde ces valeurs numériques, la France, l’Italie et l’Espagne semblent être les pays bénéficiant des montants les plus conséquents.

Il est cependant important de mentionner que, dans cettemise à jour, la Commission européenne a également établi un classement qui montre les ressources allouées en proportion du PIB. Selon ce critère, la Grèce apparaît comme étant le pays ayant le plus bénéficié du FEIS.

Sur la base des données présentées dans l’illustration 1, nous avons calculé le rapport entre les investissements réalisés et ceux prévus, un ratio qui est généralement appelé coefficient multiplicateur. La deuxième illustration classe les Etats membres de l’UE dans l’ordre croissant selon la capacité de leurs économies à faire bon usage des ressources déployées dans le cadre du FEIS. Curieusement, l’Estonie, un pays souvent loué pour sa transition numérique réussie, est en tête du classement, suivie du Royaume-Uni, du Danemark et de la Slovénie.

En se plongeant dans les données publiées par la Commission européenne, on peut comprendre comment les ressources du plan ont été réparties entre les projets d’infrastructures et les PME. L’illustration 3 indique la ventilation des ressources.

En moyenne, en République tchèque, Luxembourg, Lituanie, Malte, Roumanie, Croatie, Royaume-Uni et Bulgarie, les PME profitent davantage des ressources du FEIS que dans le reste de l’Europe, en termes relatifs. La Pologne et les Pays-Bas sont quant à eux les pays où le plus de fonds sont dédiés aux projets d’infrastructures. Le Portugal, la Lituanie, la Croatie et Malte ont une répartition plus équilibrée.

Pour finir, la Commission européenne fournit les données relatives au nombre prévisionnel de PME qui bénéficieront du FEIS. Étant donné que le nombre de PME est lié à la taille de chaque pays et économie, nous avons calculé le ratio des ressources allouées à chaque PME dans le cadre du FEIS. Les résultats sont exposés dans l’illustration 4.

Méthodologie

Dans la mise à jour de la Commission européenne, il manque des données relatives à la ventilation des ressources du FEIS destinées aux projets d’infrastructures et aux PME dans les fiches d’information de la Hongrie et du Portugal. Par conséquent, ces deux pays ne sont pas inclus dans l’illustration 3.