Jusqu’à présent, les élections en Transnistrie, un Etat reconnu par aucun autre pays dans le monde, étaient sans intérêt : depuis 20 ans, Igor Smirnov les gagnait toujours. Mais aujourd’hui il y a concurrence [le bureau central électoral a enregistré six candidats] et tout le monde est en émoi.

Smirnov n'arrive qu'en deuxième place dans les sondages, derrière Anatol Kaminski, le président du Soviet suprême [le Parlement local], soutenu par Moscou.

Ici, le soutien de Moscou représente plus que des affiches de Vladimir Poutine ou des statues de Lénine. La Russie paie les salaires des fonctionnaires et des compléments de retraites.

L'argent voyage par valises, un système primitif, presque médiéval, pour acheter les âmes. Ces derniers temps, les compléments de retraite ont été directement distribués par le Soviet suprême.

Ce n'est pas beaucoup – mais pour une pension de 50 dollars par mois (environ 38 euros), un supplément de 15 dollars (11 euros) est important. Et cela transparait dans les sondages.

Berlin exige des preuves de bonnes volontés

Moscou a essayé d'empêcher Igor Smirnov d'entrer dans la course, dans l'espoir que l'élimination du vieux serviteur change l'image du pays : celle d’un bastion soviétique.

Les Russes ont engagé des pourparlers avec les Allemands autour d'une nouvelle configuration de la sécurité en Europe [un statut pour la Transnistrie, un réglement du conflit gelé contre une libéralisation des visas pour les Russes dans l'UE].

Mais Berlin a exigé des preuves de bonne volonté : si la Russie veut être un partenaire crédible, elle doit au moins démontrer qu'elle est disposée à résoudre le conflit en Transnistrie.

Elle ne le fera pas, mais elle peut duper les Allemands en leur faisant croire qu'elle essaie. Sacrifier Smirnov lui a paru être une méthode efficace.

Mais comme ce dernier a fait semblant de ne pas comprendre, une enquêté est menée en Russie contre son fils, qui aurait détourné 5 millions de dollars de l'argent envoyé par le Kremlin en Transnistrie.

Le Kremlin soutient Kaminski. Mais si Smirnov reste en place, il pourra dire aux Européens (lire : aux Allemands) : voyez, nous avons essayé de le remplacer, mais le peuple de Transnistrie le soutient, nous ne contrôlons pas la situation.

Si Kaminski gagne, le Kremlin dira : voilà, nous vous avons mis un plus jeune et plus réformiste à Tiraspol, voyez avec lui. Le problème est que Smirnov et Kaminski ont des positions similaires : l'indépendance par rapport à la Moldavie et pas question de réintégrer la Russie.

On fait semblant de discuter

La pression allemande, forte depuis le début de l'année 2011, a porté ses fruits, du moins formellement. Pour la première fois depuis 2006 [date à laquelle les pourparlers au format 5+2 : Moldavie, Transnistrie, plus l'UE, la Russie, les Etats-Unis, l’Ukraine et l'OSCE, ont été suspendus à la demande de Tiraspol], les négociations officielles entre Chisinau et Tiraspol ont repris à Vilnius, le 30 novembre.

Mais ces discussions ressemblent à une sorte de ballet avec des commissaire politiques soviétiques : on fait semblant de discuter et peut-être que les Européens y croiront.

Mais on ne peut pas y croire. Considérons ce chiffre : un déficit budgétaire de 70%. La Transnistrie est totalement dépendante de Moscou. Lorsque la Moldavie soviétique s'est détachée de l'URSS, en 1991, 40% de l'industrie est restée en Transnistrie, pour seulement 10% de la population.

Les usines fonctionnent avec du gaz russe, les retards de paiement s'accumulent et la dette a atteint 2,8 milliards de dollars (environ 2 milliards d'euros). Dans l'éventualité d'une réunification de la Moldavie, dans le cadre d’une fédération, la Russie exigera le paiement de la dette. Moscou est gagnante de toutes façons.

L'économie de la Transnistrie est une économie artificielle : énergie gratuite russe et exportations vers l'Europe, grâce aux efforts et aux négociations menées par Chisinau avec l'UE (750 entreprises de Transnistrie se sont enregistrées à Chisinau et exportent vers l'UE sans payer de taxes à l'Etat moldave).

Si la Russie voulait vraiment faire bouger les choses, il lui suffirait de couper le gaz gratuit, et la pseudo-économie transnistréenne succomberait en quelques mois. Mais pourquoi le ferait-elle ? Jusqu'ici, elle gagne quel que soit l'élu de Tiraspol, tandis que les Allemands peuvent être facilement dupés.

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