Faire de la politique en Europe, c'est jouer la montre. Les projets de grande envergure visant à sauver la monnaie unique ne mettront pas des mois, mais des années, à porter leurs fruits. Or c'est maintenant que l'effondrement menace.

La priorité à court terme, c'est la survie. Comme une équipe de foot qui ne songe qu'à verrouiller sa défense dans l'espoir de finir sur un 0-0. Il y a bien eu un moment, la semaine dernière, où il semblait que la tactique européenne du dos au mur avait réussi. Le sommet du mois de juin s'était révélé plus consistant que les précédents raouts, véritables coquilles vides, et à voir leur reprise la semaine dernière, les marchés financiers européens semblaient estimer qu'on en avait suffisamment fait pour que le calme se maintienne pendant tout le mois d'août.

Mais tout cela, c'était avant que la communauté autonome de Valence n'annonce qu'elle demandait une aide financière à Madrid, déclenchant une vaste braderie sur les marchés qui se poursuivait encore lundi 23 juillet.

En réaction, le gouvernement a tout d'abord juré ses grands dieux qu'un sauvetage en bonne et due forme impliquant le Fonds monétaire international (FMI) n'était absolument pas envisagé, avant d'interdire purement et simplement la vente de valeurs financières à découvert. Comme de juste, pareil étalage d'incompétence s'est révélé sans effet sur les marchés.

Pendant ce temps, la Grèce est à nouveau placée sous le feu des projecteurs, Athènes devant recevoir ce mardi la visite de responsables de la “troïka” (FMI, Banque centrale européenne et Union européenne). Le pays est aux prises avec une récession qui rappelle celle des années 1930 et peine – comme on pouvait probablement s'y attendre – à appliquer le programme d'austérité imposé pour son renflouement. La troïka serait en passe de menacer Athènes de couper sa ligne de crédit si le gouvernement de coalition n'accepte pas de procéder à deux milliards d'euros d'économies supplémentaires.

Trois conclusions semblent se dégager de cette suite d'événements. D'abord, l'Espagne s'achemine inexorablement vers un plan de sauvetage, et sans doute à très court terme. La promesse que le déblocage de 100 milliards d'euros pour soutenir les banques allait suffire n'a jamais été qu'un miroir aux alouettes, et la preuve en est aujourd'hui faite. Ce pays est affaibli par un véritable effondrement économique, l'implosion de son marché immobilier, des banques grevées par des pertes colossales, et un taux d'emprunt à 10 ans qui atteint 7,5 %. Il ne s'agit plus de se demander s'il y aura sauvetage, mais de quelle ampleur il sera. Le chiffre de 300 milliards d'euros est un minimum.

Deuxième conclusion, une trappe est en train de s'ouvrir sous les pieds de la Grèce. Les Allemands sont à bout de patience avec Athènes, et le FMI a été contraint lundi de nier toute intention de suspendre son aide financière. Le gouvernement grec est placé devant l'alternative suivante : accepter toute une nouvelle série de mesures de rigueur, dont il est parfaitement conscient qu'elles seront à la fois contre-productives et politiquement suicidaires, afin de pouvoir honorer ses créances dans la zone euro, ou bien dévaluer et se placer en faillite hors de la zone euro. Une sortie volontaire de la Grèce de l'euro serait pour Angela Merkel la solution idéale.

Le point commun entre la Grèce et l'Espagne, c'est cette méthode qui ne fonctionne pas : appliquée au plus petit des deux pays jusqu'au point de non retour, la voilà en passe aujourd'hui d'être employée sur l'autre pays, membre plus important et surtout plus stratégique du club de la monnaie unique.

On peut tirer de la situation grecque un enseignement parfaitement clair : procéder à des coupes nettes dans les dépenses et à des augmentations d'impôts dans une économie en chute libre ne fait qu'augmenter la dette au lieu de la diminuer. Et voilà l'Espagne entraînée dans ce même cercle vicieux qui commence par une croissance atone et un chômage en hausse et se termine par des sauvetages hors de prix qui font plus de mal que de bien.

L'Espagne d'août 2012 est exactement dans la même situation que la Grèce d'août 2011 : mêmes problèmes, mêmes fausses solutions, même crise. En pire.