Encore un effort pour sauver Athènes

Au bord de la faillite, la Grèce inquiète les autorités européennes : elle contribue à affaiblir la zone euro et décrédibilise l'action d'une UE qui demeure incapable de réguler son comportement.

Publié le 26 janvier 2010 à 14:39
Ce n'est pas encore gagné. Dans le métro d'Athènes. Photo : Ildiva/Flickr

Un déficit budgétaire et une dette publique hypertrophiés, une balance des paiements largement déficitaire, une faible productivité et une mauvaise organisation du secteur public, une évolution inadéquate de la structure des salaires et bien d’autres problèmes encore accroissent la méfiance envers un pays qui en est arrivé au point de fournir régulièrement à Bruxelles des informations erronées sur sa propre situation économique.

Il faut cependant distinguer deux problèmes. Tout d’abord, le risque que la Grèce, incapable de rembourser ses dettes, et notamment celle de l’Etat, devienne insolvable. Ce danger est accentué par la possibilité qu’une Grèce insolvable nuise à la crédibilité de pays européens qui montrent des signes de faiblesse équivalents, comme l’Italie, bien que dans des proportions moindres. Ce risque reste toutefois minime : outre de rares accès de panique, les marchés financiers restent en mesure de faire la différence entre les problèmes, en termes de qualité et de quantité, des pays membres.

Les lacunes de la gouvernance européenne

Le vrai problème est tout autre : le cas grec est grave, car il démontre concrètement comment l’organisation actuelle de l’UE permet que, sur une période relativement longue, on perde tout contrôle sur l’économie d’un Etat membre, en l'autorisant à diverger largement des normes et des critères communautaires. Et ce, malgré la monnaie unique et l’action de coordination macroéconomique menée par la Commission européenne et le Conseil. Le cas de la Grèce démontre les graves lacunes du gouvernement économique européen, qui s’est montré trop faible, distrait et divisé, et pas assez supranational. Sans une gouvernance plus affirmée et ambitieuse, les politiques économiques des différents pays, livrées à elles-mêmes, laissent apparaître de profondes divergences entre les Etats membres et les différentes régions de l’Union et révèlent les excès et l’inefficacité de l’économie communautaire, à une époque où la crise et la concurrence mondiale nécessitent justement un comportement concerté.

Ce problème apparaît de plus en plus clairement aux yeux de Bruxelles comme à ceux de Francfort. Voilà pourquoi il faut renforcer radicalement la discipline et la coordination des politiques économiques des Vingt-Sept dans leur ensemble. Un postulat d’autant plus évident dès que l’on cherche à appliquer sérieusement le pacte de stabilité et de croissance, qui permet de contrôler les déficits et dettes publics au niveau communautaire. La Grèce est loin d’être la seule à ne pas respecter les termes du pacte : Bruxelles a ouvert une "procédure de déficit excessif" à l’encontre de presque tous ses Etats membres. L’effort collectif pour rééquilibrer les finances publiques européennes et les rendre viables à long terme est extraordinaire.

Renforcer la discipline financière

Mais afin que cet effort porte ses fruits, l’Europe doit se donner les moyens de coordonner la conception et la réalisation des réformes structurelles. Les politiques économiques nationales doivent devenir moins autonomes ; les mesures et les contrôles communautaires doivent être renforcés. Dans le cas contraire, on met en danger non seulement la discipline financière, mais également le marché unique et la solidité de l’euro. Un problème qui s’avérerait très coûteux pour les pays qui persistent à freiner la communautarisation des politiques afin de conserver leur souveraineté, convaincus de ne pas avoir besoin de "discipline externe".

Solidarité

Aider la Grèce au lieu de la couler

Dans The Guardian, le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz rappelle que ces mêmes institutions européennes qui condamnent aujourd'hui le comportement peu vertueux des autorités grecques en matière économique ont longtemps appliqué un "double standard" [le principe du "deux poids, deux mesures" ou du double discours] en matière de déficit public : "un pour les pays grands et puissants, un second pour les autres. Lorsque le déficit de la France a franchi la limite de 3% du PIB, il y a eu de vibrantes condamnations, mais rien d'autre". L'économiste américain estime, tout en reconnaissant les responsabilités d'Athènes, que ses partenaires devraient "soutenir les efforts du gouvernement de Georges Papandréou par tous les moyens, et ne pas tourner le dos au peuple grec […] au lieu de lui rendre la vie plus difficile. La Grèce est un des membres les plus pauvres de la famille européenne".

Or, affirme Stiglitz, "une des clefs du succès du projet européen est le sentiment de solidarité sociale, qui veut que l'on assiste les moins bien lotis". Voilà pourquoi, suggère-t-il, la Banque centrale européenne "ne doit pas déléguer aux agences de notation [qui évaluent la dette d'un pays] la réglementation de fait de l'économie grecque", et devrait plutôt, "diluer dans le temps les objectif budgétaires" assignés à Athènes. Dans le même temps, ajoute-t-il, "des institutions comme la Banque européenne d'investissement devraient financer des projets pour stimuler l'économie et contrebalancer l'impact des coupes budgétaires".

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