Idées Réponse au COVID-19

Face au coronavirus, l’Europe des gouvernements ne fonctionne pas

La pandémie de coronavirus fournit une expérience grandeur nature et en temps réel de la capacité de coordination des Etats européens – ou de son absence – dans un contexte où ils gardent la haute main sur la direction de l’Union européenne.

Publié le 21 avril 2020 à 14:08

La Commission a tenté de prendre les devants en créant une “corona response team” et un fonds d’investissement pour pallier les effets économiques de l’épidémie. Mais son action a été peu médiatisée et n’a pas convaincu ceux qui s’interrogent : “que fait l’Europe ?”.
Force est donc de constater que, face à l’épidémie, les États sont souverainement désordonnés. Dans un réflexe pavlovien, et faute de procédures supranationales, les gouvernements se replient sur une stratégie nationale et prennent des mesures sans concertation avec leurs voisins. Ainsi, certains ont fermé leurs frontières assez tôt, alors que d’autres ont longtemps simplement déconseillé les déplacements à l’étranger. Quand certains ont fermé écoles, crèches, restaurants et cafés, d’autres ont imposé un (quasi) “lockdown”.
De Bucarest à Bruxelles, l’opinion publique a suivi le souffle coupé les discours et déclarations des dirigeants européens – en particulier Emmanuel Macron et Angela Merkel – assistant encore une fois au spectacle d’États agissant unilatéralement devant une crise sans précédent. L’absence de coordination et de solidarité entre États européens mène à des situations allant du ridicule au dramatique. L’Italie s’est vue livrée à elle-même, après un appel à l’aide qui n’a été entendu, semble-t-il, que par la Chine.

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La seule mesure sur laquelle les dirigeants européens ont pu s’entendre est la suspension de la libre circulation entre Etats. Or cette mesure a peu de sens, les foyers de contamination étant régionaux et non nationaux. Elle pourrait même être contreproductive en mobilisant aux frontières des moyens financiers et policiers dont on aurait besoin ailleurs, et en créant des situations d’interaction sociale qu’on cherche à éviter. Pire, les Pays-Bas et la Suède semblent avoir adopté la même stratégie darwinienne que les Britanniques. En laissant sciemment les personnes les moins vulnérables s’infecter, l’idée est d’atteindre une « immunité de groupe », quitte à essuyer un plus grand nombre de décès. Controversé, ce choix assumé vise surtout à ne pas mettre l’économie à l’arrêt.

Politiques et experts ont longtemps argué que la valeur ajoutée de l’Union européenne, comme sa légitimité, reposent sur sa capacité à trouver des solutions communes, rapides et efficaces pour résoudre des problèmes auxquels les États, seuls, ne pourraient faire face. Mais l’intergouvernementalisme à 27 est manifestement incapable de générer la “solidarité de fait” évoquée par Schuman en 1950.
A l’heure où de plus en plus d’électeurs se détournent des partis traditionnels et se laissent séduire par des discours simplistes et réactionnaires, les dirigeants européens n’ont visiblement pas tiré les leçons des crises de la décennie passée. Pour le meilleur ou pour le pire, Commission et Banque centrale européenne font, en matière de santé, aveu d’impuissance face à des États qui préfèrent jouer la carte de la souveraineté nationale plutôt que celle de la coopération européenne.
Cette approche du « chacun pour soi » aura des conséquences désastreuses, comme on l’a vu en matière de gestion des flux migratoires. Sans surprise, dix ans de récession et de coupes dans les services publics ont laissé des systèmes de santé parfois exsangues et souffrant de déficiences graves face à une épidémie d’une telle ampleur. Le cruel manque de moyens à disposition des personnels de santé, appelés en première ligne, aura sans doute des conséquences graves.
Ces choix et leurs conséquences témoignent de la vacuité des discours de ceux qui, dénonçant une Europe fédérale, supranationale, castratrice des souverainetés, invoquent une Europe des États à la souveraineté retrouvée, qui coopèrent sur “des projets qui marchent, comme Airbus…”. Faute de procédures efficaces, faute de moyens financiers communs, faute de dirigeants aux sens des responsabilités collectives, l’Europe intergouvernementale, c’est l’Europe qui dysfonctionne.
C’est une occasion cruellement manquée de faire preuve de solidarité intra-européenne et de redorer le blason de l’Union européenne en mettant tous les moyens en place pour sauver la vie de ceux et celles qui sont en danger dans les pays affectés par le Covid-19 ou aux frontières, fuyant la guerre et la misère.

Pétition

Pour une coordination immédiate de la réponse à l’urgence sanitaire du COVID-19

Nous reprenons ici et relayons volontiers cette pétition de nos amis de The Good Lobby pour une coordination réelle des actions des Etats membres de l’UE pour faire face à la pandémie de coronavirus :

Il est facile de donner la faute à l’Union européenne, mais cela ne nous mène nulle part. Les institutions européennes ne peuvent pas fermer des écoles, annuler des matchs de football ou verrouiller nos villes. Elles n’y ont pas droit. Cependant, étant donné la situation d’urgence dans laquelle nous nous trouvons tous, nous ne pouvons plus nous contenter de dire que l’UE n’a pas de compétence en matière de santé et, par conséquent, ne peut pas agir.

Si l’Union européenne ne peut pas agir seule, rien n’interdit aux ministres de la santé de tous les États membres de l’UE de mettre en commun leurs pouvoirs souverains en matière d’urgence. Ils pourraient commencer à coordonner leur réponse sanitaire, en adoptant une ligne commune en matière de tests, de confinement, de quarantaine, de distanciation sociale et de recherche sur les vaccins et médicaments potentiels.

En l’absence d’une coordination européenne, nous voyons des actions unilatérales, comme la décision de l’Allemagne de fermer ses frontières. Bien que les restrictions aux frontières n’entraînent pas de gain majeur pour la santé – mais plutôt ralentissent la libre circulation des travailleurs et des biens nécessaires en cas d’urgence -, elles répondent à l’incapacité de l’Union et de ses États membres à concevoir une action coordonnée pour empêcher ces mouvements transfrontaliers de se produire. Une réponse sanitaire coordonnée à l’échelle de l’Union européenne à la COVID19 rendrait les contrôles aux frontières inutiles.

Rejoignez-vous à nous pour demander aux 27 ministres de la santé de l’UE d’exercer ensemble leurs pouvoirs souverains en cas d’urgence, afin de coordonner étroitement leur réponse sanitaire, d’adopter des positions communes sur les tests, les confinements, la quarantaine, la distanciation sociale et la recherche médicale. Une fois l’urgence passée, nous demandons à nos dirigeants politiques nationaux de poursuivre une approche transnationale, seule capable de traiter les virus qui ne connaissent pas de frontières. Il est grand temps de confier en permanence à l’Union européenne de véritables compétences dans le domaine de la santé publique, notamment dans les situations d’urgence.

La pétition de The Good Lobby

Si l’Union européenne dispose de quelques instruments en matière de gestion des épidémies transfrontalières, ils restent rudimentaires. Les institutions européennes ne peuvent donc adopter des mesures uniformes qui s’appliqueraient de manière cohérente dans l’ensemble de l’Union, loin s’en faut. La gestion des systèmes de soins de santé comme celle des conséquences économiques et sociales de l’épidémie restent entièrement du ressort des États.

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