“Les réactions exaltées et disproportionnées de certains politiciens européens à l’annonce de mon nouvel engagement en politique offensent la liberté de choix des Italiens” : les déclarations de Silvio Berlusconi dans le cadre européen ont souvent été embarrassantes, mais cette fois-ci, il est difficile de lui donner tort. La simple déclaration d’intention d’un citoyen de l’Union européenne d’exercer un droit démocratique fondamental a suffi à déclencher une avalanche de commentaires aux accents indignés et apocalyptiques. En particulier de la part de la chancelière allemande Angela Merkel, pour qui le retour du “Cavaliere” serait une sérieuse menace pour l’Union toute entière.
Tout le monde n’est pas de cet avis en Allemagne. Wolfgang Münchau a écrit dans Der Spiegel qu’à cause de la candidature de Berlusconi qui a qualifié le fameux spread (le différentiel de rendement avec les obligations d’Etat allemandes) d’“arnaque” servant à justifier la rigueur imposée par l’Allemagne,
pour la première fois les politiques de crise sont au centre de la campagne électorale dans un grand pays européen. [...] Il y aura en Italie un grand débat politique sur l’opportunité de tailler dans les dépenses publiques pendant une récession et de continuer à suivre le diktat allemand de l’austérité. Je pense que c’est une excellente chose.
Conclusion mise à part, cette analyse est certainement partagée par la plupart des leaders européens et c’est bien là le problème : jusqu’à maintenant, le “consensus de Bruxelles” sur lequel est basée la réponse à la crise de l’euro avait toujours été tenu à l’écart du débat démocratique. Et cela pour des raisons évidentes. La simple possibilité – pourtant lointaine – que l’Italie, dont la dette publique est la quatrième à l’échelle mondiale, fasse dérailler la stratégie anticrise déjà bringuebalante de l’Europe, a suffi à déclencher la panique des marchés et à menacer la stabilité des pays périphériques.
La crise a montré une fois pour toutes que l’arrivée de l’euro a soustrait les politiques budgétaires à la souveraineté nationale. Parmi les dernières propositions avancées dans ce qu’il convient d’appeler l’agenda fédéraliste, a été très justement incluse la création d’un “ministère des Finances” de la zone euro qui en garantirait la convergence. Par contre, l’union politique qui devrait représenter sa légitimation démocratique reste une perspective bien plus distante et nébuleuse.
Dans l’attente de sa concrétisation, nous sommes voués à assister à la poursuite de l’interminable série de “sommets décisifs” où les dirigeants des pays les plus forts s’accordent entre eux à huis-clos, comme dans un perpétuel congrès de Vienne : un modèle que l’histoire a déjà condamné. Continuer à imposer le respect de décisions prises entre deux valses bruxelloises, avec les pressions et les menaces plus ou moins voilées, et l’application systématique de l’étiquette de “populiste” à celui qui ose ne pas être d’accord — comme c’est le cas depuis trois ans dans toutes les consultations électorales des pays périphériques — ne pourra que favoriser la prolifération des Silvio Berlusconi et des Viktor Orbán.
Dans le débat sur l’Union politique, un détail est systématiquement négligé : l’Union européenne a déjà un exécutif et des ministres : c’est la Commission européenne et ses membres, même si on a tendance à les oublier. Comme l’ont démontré les négociations sur le budget de l’UE, le renforcement de la méthode intergouvernementale — couronnée par l’institution, redondante, de la charge de président du Conseil européen — a éclipsé le rôle de la Commission, dont l’actuel président a été choisi, entre autres motifs, parce qu'il est peu disposé à contredire ses employeurs. Mais le problème date de bien avant la présidence de José Manuel Barroso. Le fait que l’exécutif européen ne dépende pas du Parlement européen mais d’une ribambelle de souverains est une anomalie institutionnelle qui rapproche l’Union européenne des monarchies du XVIe siècle plus sûrement que des États démocratiques.
L’idée de conférer au Parlement européen — la seule institution de l’Union directement élue – une compétence qui semble pourtant lui revenir de droit a été récemment relancée par le quotidien hollandais Trouw, selon lequel “ce n’est que lorsque la composition de la Commission sera liée à l’orientation politique du Parlement, que le vote des citoyens sera en mesure de déterminer la direction de l’Union”, mettant enfin un terme à l’époque des technocrates et des gouvernements d’urgence. D’ici-là, il faudra continuer à faire confiance et à respecter les démocraties nationales. Les Européens ont déjà montré qu’ils savent voter de manière responsable quand c’est dans leur intérêt : laissons-les juger Silvio Berlusconi et ses émules.
Traduction : Françoise Liffran
Depuis les années 1980 et la financiarisation de l’économie, les acteurs de la finance nous ont appris que toute faille dans la loi cache une opportunité de gain à court terme. Les journalistes récompensés Stefano Valentino et Giorgio Michalopoulos décortiquent pour Voxeurop les dessous de la finance verte.
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