Bouche cousue

Publié le 26 mai 2011

La crise a embrasé toute la zone euro et a profondément ébranlé l'Europe : après la banqueroute de la Grèce, de l'Irlande, du Portugal, l'Espagne l'Italie et la Belgique sont menacés. Face à l'austérité, les Grecs sont désespérés, les Irlandais sont convaincus de filer tout droit vers le naufrageet les Indignés espagnolsoccupent Puerta del Sol. Il n'y a pas un seul jour sans que la presse européenne n'évoque l'éclatement possible de la zone euro. L'Europe bruisse de rumeurs et partout le débat est devenu national, Allemagne en tête. Partout sauf en France, s'étonne la journaliste spécialiste de l'économie, Martine Orangedans Mediapart. Extraits :

Un assourdissant silence, à droite comme à gauche (…) comme si pour écarter la menace, il valait mieux occulter les problèmes. (...)Depuis l'échec du référendum sur la constitution européenne en 2005, puis la piteuse approbation du traité de Lisbonne en 2007, l'Europe est devenue un non-sujet pour la classe politique française. Personne n'ose porter le thème publiquement, tandis qu'en coulisse, les dossiers avancent en douce, en crabe. (…) Les politiques n'en parlent pas. Pire, ils donnent le sentiment de ne pas y travailler, même en secret.

Au-delà des gesticulations des réunions au sommet, la position du gouvernement est des plus succinctes : la France colle à l'Allemagne.(...) La volonté de ne pas en rajouter en ce moment critique et de ne pas laisser apparaître les divisions dans le couple franco-allemand, ce qui pourrait fragiliser un peu plus l'Europe, peut expliquer en partie ce choix. Mais cet alignement semble de plus en plus tenir lieu de politique.

En s'alignant sur l'Allemagne, le gouvernement se met en quelque sorte sous la protection de Berlin. Il espère ainsi éviter les foudres des marchés, la menace d'une dégradation qui ferait perdre à la France son fameux « triple A ».

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Pour la journaliste, ce silence arrangera la droite jusqu'au lendemain de l'élection. La menace de dégration de la dette publique française pourrait ensuite être utilisée par Sarkzoy puisque, explique-t-elle :

C'est au nom de la notation de la France que toute la réforme des retraites a été entreprise. La double contrainte du pacte de compétitivité, discuté en regard des plans de sauvetage européen, et de l'interdiction de faire du déficit budgétaire, que la droite rêve d'inscrire dans la constitution, servirait d'arguments supplémentaires. Mais d'ici là [l'élection présidentielle], il ne faut surtout pas en parler.

La gauche n'est pas épargnée :

Si le mutisme de la droite peut s'expliquer par calcul politique, le silence assourdissant de la gauche pose question, ou du moins d'une bonne partie de la gauche. Tellement pris par leurs débats internes sur les primaires et le choix de leur champion à la présidentielle, les responsables socialistes semblent en avoir oublié la crise européenne. Leurs interventions politiques en tout cas sont restées grandement inaudibles. (...)

Tout cela a conduit à une paralysie intellectuelle et politique.(...) La gauche se doit d'autant plus d'éclaircir ses positions que le sujet est central pour la France et pour l'Europe. La contagion menace toute la zone euro. La France pourrait très vite se faire rattraper, avant ou après l'élection présidentielle. (...) Si la gauche l'emporte en 2012, elle pourrait se retrouver confrontée à une situation comparable à celle que vit l'Espagne aujourd'hui.

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