A l'enthousiasme que je marquais, ce 14 juillet, jour de la fête nationale française, en apercevant de gros hélicoptères par la fenêtre de nos bureaux, l'un de mes collègues britanniques de Presseurop me lança, un brin sarcastique : "Votre défilé est tout à fait ridicule, il n'y a que la France et la Corée du Nord pour dépenser des sommes astronomiques. Tout ça pour montrer au reste du monde combien elles sont puissantes. C'est typiquement l'attitude d'un petit pays bourré de complexes."
Piquée au vif, je lui rétorquais que le Royaume-Uni dépensait pour sa part des milliards de livres pour entretenir sa reine, qui elle aussi, faisait de temps à autres, la démonstration de la splendeur des joyaux de la couronne britannique. Que nos joyaux à nous autres révolutionnaires, ce sont nos chars Leclerc et notre patrouille de France qui ravissent les spectateurs - surtout les petits garçons - tous les ans, même jour, même endroit. Mais au final, nous avons fini par convenir que nous sommes, Britanniques et Français, égaux dans le ridicule de certains fastes anachroniques de nos nations respectives.
Tout comme le défilé lui même, la question de sa suppression revient chaque année sur la scène médiatique française. Et cette année, ce fut avec d'autant plus de force que l'austérité est de rigueur. Cette semaine, les élus Verts de Paris ont officiellement réclamé au président Sarkozy cette suppression, soulignant le coût de la fête et la nuisance atmosphérique et sonore qu'elle entraîne. Pour l'heure, seule la décision d'enterrer la garden-party de l'Elysée, instaurée en 1978 par Valéry Giscard d'Estaing a été prise, permettant au palais présidentiel de se targuer d'une économie de 740 000 euros. Mais qu'en est-il de l'avenir du défilé ? Tout dépendra peut-être du calcul que Nicolas Sarkozy, attaché à son image de président réformateur, fera à la veille de la présidentielle de 2012 : ne pas risquer de froisser les susceptibilités en touchant au défilé, ou bien parier sur la conscience environnementale et le souci d'épargner des Français pour mettre un terme à ce monument national, certes désuet mais toujours populaire ?
Correction : mon collègue britannique, toujours lui, me fait remarquer, à très juste titre, que je m'étais un peu emportée en parlant des "milliards de livres" que les Britanniques dépensaient pour entretenir leur reine. Les contribuables britanniques ont en effet, selon l'AFP, apporté 38,2 millions de livres aux dépenses de la famille royale pour l'exercice 2008-2009.
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