Mais là se pose un autre problème. Tous les supports pour le transfert et la conservation de l’information, de la photo aux pellicules cinématographiques, du disque à la clé USB, que nous utilisons actuellement sont plus périssables que le livre. Nous savons que dans les vieilles cassettes audio, au bout de quelque temps, le ruban s’entortillait, on essayait de le remettre à sa place avec un stylo, mais souvent c’était peine perdue. Les cassettes vidéo perdent facilement les couleurs et la définition. Si l’on utilise fréquemment l’avance et le rembobinage rapide, elles s’usent encore plus vite. Nous avons eu le loisir de réaliser combien de temps pouvait durer un disque vinyle sans trop se rayer, mais nous n’avons pas eu celui de vérifier combien dure un CD-ROM. Salué comme l’invention qui allait remplacer le livre, il est tout aussi vite sorti du marché parce qu’il était aussi simple d’accéder aux mêmes contenus sur Internet à des coûts nettement moindres. Nous ne savons pas combien dureront les films en DVD, nous savons seulement qu’ils nous jouent parfois des tours quand on les visionne trop souvent.
De même, nous n’avons pas eu le temps de comprendre combien de temps pouvaient durer les disques souples, car, avant qu’on ait pris l’habitude de s’en servir, ils ont été remplacés par les disquettes rigides et celles-ci par les CD-ROM et ceux-ci encore par les clés USB. La mise au rebut de ces différents supports a coïncidé avec la disparition des ordinateurs capables de les lire (je crois que plus personne n’a chez lui un ordinateur doté d’un lecteur de disquettes). Si quelqu’un a négligé pendant un certain temps de transférer sur un nouveau support tout ce qu’il avait dans un format précédent, il les a irrémédiablement perdus (à moins qu’il ne conserve dans une cave une dizaine d’ordinateurs obsolètes, un pour chaque support disparu).
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