À la fin de la saison hivernale, Pietracamela (dans la région méridionale des Abruzzes) ressemble à un village fantôme : un seul chien qui aboie, quelques rideaux qui bougent derrière des fenêtres aux cadres en bois. Entre les deux plus hauts sommets des Apennins, le glacier craque, la glace fond et se transforme en eau. Au printemps, les avalanches sont fréquentes. Mille mètres en aval, les torrents grossissent et les habitants de Pietracamela gèrent les problèmes.
Les montagnes européennes se réchauffent presque deux fois plus vite que le reste du continent, ce qui laisse entrevoir l'avenir : les phénomènes météorologiques, et leurs conséquences, seront de plus en plus extrêmes. Dans les montagnes, les chutes de neige sont plus rares ou extrêmement intenses, les conditions météorologiques changent de manière inattendue et les glaciers reculent inévitablement. Et avec eux, les communautés locales.
La situation du village au pieds du Gran Sasso, le plus haut sommet d'Italie centrale, en est un exemple éloquent. L'époque où Pietracamela était une destination touristique à la mode, avec trois discothèques et un piano-bar, n'est plus qu'un souvenir : la station-service utilise encore l'ancienne monnaie (la lire) et les quatre hôtels de luxe sont fermés pendant l'hiver.
Le Calderone, la glacier du Gran Sasso, l'un des plus méridionaux d'Europe, est en train de perdre son statut. Ou plutôt, techniquement, il l'a déjà perdu.
Entre 1999 et 2000, il s'est séparé en deux éléments plus petits, deux “glacionevati” selon la terminologie scientifique. Ce processus, qui a fait du Calderone un "système glaciaire", s'est produit parallèlement au raccourcissement de la saison de ski.

Les plus anciens se souviennent que, sur les pentes de Prati di Tivo, on pouvait skier de novembre à mai, voire plus longtemps sur le glacier. Aujourd'hui, les premières chutes de neige surviennent souvent après le Nouvel An. “Au cours des cinq à dix dernières années, les chutes de neige ont été rares en hiver, mais très fréquentes en avril et en mai", confirme Massimo Pecci, l'expert du Comité glaciologique italien pour le Calderone. Pecci, qui est également professeur universitaire de glaciologie et de nivologie, explique que la situation est semblable pour de nombreuses communes de montagne parmi les 4 000 que compte l'Italie.
Les remontées mécaniques ne fonctionnent pas pour le moment et les systèmes d'enneigement artificiel restent inactifs, même s'ils pourraient être utiles au début de l'hiver. En hiver et au printemps, il n'y a plus que des touristes intéressés par le ski de randonnée, une pratique qui prévoit de remonter ski au pieds les pentes et qui est donc moins rentable pour les entreprises locales.
Neige dangereuse
Première conclusion possible : la modification des précipitations est le principal facteur influençant le tourisme hivernal. D'une certaine manière, l'interprétation est correcte : Pasquale Iannetti, mon guide sur le glacier, affirme qu'habituellement la randonnée de Prati di Tivo à Calderone dure trois heures, mais que le 1er mai, elle en a duré presque dix, car "les conditions d'enneigement étaient sans précédent lors de la montée. La neige était extrêmement lourde". En d'autres termes : dangereuse.
Souligner l'importance du tourisme hivernal et les difficultés qu'il rencontre est toutefois une simplification. La réalité ressemble davantage à un cercle vicieux complexe : les activités hivernales étant plus exigeantes et plus coûteuses à organiser, les villages de montagne ont des revenus moins stables, ce qui attire moins de touristes locaux ; le soutien aux nouveaux investissements publics, y compris les infrastructures, diminue en conséquence, et ainsi de suite.
Cette tendance, à son tour, ralentira toute relance de l’activité, surtout si même les propriétaires des vieilles maisons en pierre, qui sont moins résistantes aux tremblements de terre, ont peur d'y retourner : au cours des 15 dernières années, la terre a tremblé deux fois en l’espace de sept ans. Certains ne peuvent même pas passer la nuit dans leur maison, car elle est encore en cours de rénovation.
Zones sismiques
La zone située entre les Abruzzes et le Latium a été gravement endommagée par les tremblements de terre de 2009 et de 2016-17. Les travaux de reconstruction y prennent plus de temps que dans les villes plus peuplées ou plus connues, comme les épicentres respectifs de L'Aquila ou d'Amatrice, où le nombre de victimes a été plus élevé.
Les retards à Pietracamela sont en partie dus à sa situation géographique et au manque d'entreprises locales. Le sous-développement des infrastructures, notamment des routes, constitue un obstacle. Les ouvriers de la construction doivent se déplacer en camionnette tous les matins, souvent dans des conditions météorologiques extrêmes. Le supermarché le plus proche se trouve à environ 20 minutes en voiture.

Certaines infrastructures et certains bâtiments existants risquent de tomber en ruine et, avec eux, le village risque de perdre son identité. "Les maisons qui servaient de résidences secondaires pour les vacances sont toujours fermées. Les propriétaires ont perdu l'habitude de revenir", commente Salvatore Florimbi, conseiller municipal de Pietracamela.
Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que l'exploitant des installations de ski, propriété des autorités locales, ait fait faillite. Depuis plus de quatre ans, des tentatives sont faites pour trouver une solution, y compris juridique, à ce que les habitants appellent un cas de mauvaise gestion de l'infrastructure publique. La disponibilité du téléphérique et de la télécabine est cruciale pour la relance touristique de la région, expliquent les habitants.
Le problème est que les divisions entre eux augmentent, tandis que le gâteau à se partager se rétrécit et que les activités commerciales diminuent. Le climat social s'en ressent et les tensions entre les habitants sont un frein à la coopération, au point qu'après les élections locales de 2020, la nouvelle administration a parlé de "libération".

On pourrait dire qu'il ne s'agit que d'une question de tourisme et de difficultés socio-économiques, mais ce n'est pas vraiment le cas. Le flux financier lié au tourisme est indispensable pour mener à bien des activités essentielles, comme le déneigement programmé. Il s'agit d'avalanches contrôlées, déclenchées artificiellement pour éviter l'accumulation incontrôlée de neige, un phénomène potentiellement dangereux.
"Les montagnes requièrent une attention constante. Sans entretien ni surveillance, les avalanches sont plus probables. C'est la nature qui prend le dessus", ajoute M. Pecci. Et c'est bien ce qui se passe. Le nombre de loups est en augmentation à Pietracamela, et les Abruzzes sont un habitat idéal pour eux, étant donné le nombre de cerfs et de sangliers qui traversent souvent les routes du village, surtout au coucher du soleil.
Le retour des animaux sauvages est directement lié à la décision des habitants de partir. Il n'y a plus d'école dans la région, les "jeunes sherpas" ont maintenant 40 ou 50 ans. Intermesoli, un hameau de Pietracamela, a récemment vu arriver les deux premiers enfants après presque deux décennies sans naissance.
"Si ça continue comme ça, Pietracamela va disparaître. Dans 20-25 ans, plus personne ne vivra ici", spécule Linda Montauti, propriétaire de l'un des deux restaurants du village. Selon les données officielles, la population est passée de 1 392 habitants à la fin du XIXe siècle à 310 en 2002. Vingt ans plus tard, elle n'est plus que de 222. Pour les habitants, ces chiffres sont "théoriques".
2 500 euros pour s’installer à Pietracamela
Parmi les diverses mesures d'incitation, le conseil régional des Abruzzes offre 2 500 euros pour chaque nouveau ménage qui s'installe dans un village de montagne de moins de 3 000 habitants. La région offre 5 000 euros si le ménage ouvre une nouvelle activité commerciale qui reste ouverte pendant au moins trois ans. Cette incitation n'implique pas automatiquement une relocalisation permanente et stable. Selon les habitants, le nombre réel de résidents permanents est d'environ 25 à 30 personnes. Une partie de cette population n’est même pas domiciliée ici.

Le père de Linda, ancien maire de Pietracamela, ajoute que les mécanismes politiques constituent également un obstacle. À mesure que la population diminue, la politique nationale accorde moins d'attention aux besoins des régions moins peuplées. "Nous ne représentons que quelques bulletins de vote ; les stations balnéaires auront la priorité, car elles sont plus déterminantes pour remporter les élections régionales et nationales", souligne Luigi Montauti, qui a tenté, au cours de ses trois mandats, de promouvoir la construction d'une nouvelle route. Sans succès. À l'heure actuelle, il n'existe qu'un seul moyen de rejoindre Prati di Tivo, une station de ski située à quelques kilomètres de la mairie. C'est la même route qui mène à Pietracamela et à Intermesoli.
Malgré les tensions, les trois communautés locales ne baissent pas les bras. Elles se concentrent sur les sports de montagne d'été. Au cours des 15 dernières années, Iannetti et d'autres guides locaux ont ouvert de nouvelles voies d'escalade, tandis que les autorités publiques tentent d'inclure le village dans un nouveau réseau de sentiers de randonnée. Pietracamela réfléchit également à la manière d'utiliser les logements temporaires destinés aux victimes du tremblement de terre, qui sont progressivement libérés, en les offrant peut-être en résidence à des artistes, y compris internationaux.
Population en déclin
Avec une population en déclin et une forte consommation d'alcool chez les hommes, la visibilité et les jeunes sont des ressources précieuses pour Prati di Tivo, Intermesoli et Pietracamela, dont le bourg est sur la liste des plus beaux d'Italie. Pour l'instant, ce sont les femmes qui gèrent la plupart des entreprises locales. Mais leurs enfants vivent souvent ailleurs, certains à Pescara, d'autres à Milan.
L'administration municipale travaille actuellement à la construction d'un téléphérique reliant Pietracamela à la ville voisine de Fano Adriano. “Nous aimerions diluer le flux de touristes sur plusieurs mois. Le tourisme estival est dynamique, mais pas suffisamment pour permettre à toutes les infrastructures existantes de fonctionner", explique Florimbi.
Du sommet du Gran Sasso d'Italia, depuis Corno Grande (2 912 mètres), il est possible, par temps clair, de voir les deux côtes italiennes, l'Adriatique et la Tyrrhénienne. Compte tenu de la proximité de Rome, il est logique de penser que la nouvelle attraction pourrait attirer de jeunes touristes, voire certains locaux.
“Si ça continue comme ça, Pietracamela va disparaître. Dans 20-25 ans, plus personne ne vivra ici” – Linda Montauti
Pourtant, les adolescents qui vivent à Teramo, la capitale de la province [département, ndlr], ne sont pas enthousiastes. "Pour l'instant, il n'y a pas d'intérêt. Mes élèves considèrent la montagne comme une expérience difficile. Je les amène ici, mais ils n'apprécient pas. Ils préfèrent la mer", déclare Rosaria Fidanza, enseignante dans un institut hôtelier de Teramo, à 40 minutes de route.
La mer, toujours dans la province de Teramo, est à 20 minutes de chez elle. Les stations balnéaires des Abruzzes ont vu leur population augmenter au cours de la dernière décennie, accueillant les victimes de la séquence de tremblements de terre de 2016-2017 en Italie centrale.
À une heure de route de la côte, non loin de l'épicentre de plusieurs séismes, Pietracamela, en revanche, se trouve au centre du parc national du Gran Sasso e Monti della Laga, dont les règles de préservation de la nature sont assez strictes. Dans le cas du téléphérique, la question est de savoir si l'infrastructure et sa construction pourraient compromettre irrémédiablement la nidification des faucons pèlerins et des aigles royaux.
Au moins, dira-t-on, la biodiversité augmente. C'est vrai. La protection civile locale parle même d'un ours revenu dans ces montagnes. La région, du moins pour l'instant, a la "chance" de ne pas souffrir de problèmes d'eau comme d'autres zones de montagne. "Ces deux dernières années, le problème de la sécheresse est apparu moins grave dans les Apennins. En revanche, dans le nord de l'Italie, dans les Alpes, les deux années de sécheresse qui viennent de s'écouler préfigurent ce qui pourrait devenir l'un des grands problèmes des prochaines années et décennies : l'aridité des montagnes européennes", explique Vanda Bonardo, experte de l'association environnementale Legambiente.
La situation à Pietracamela est exceptionnellement compliquée mais, d'une certaine manière, absurdement normale. Le changement climatique entraînera la fonte de la neige et des glaciers. C'est une certitude. La variable est plutôt la capacité des communautés locales à s'adapter à tous les extrêmes et à tous les obstacles que le changement climatique entraîne.
Les experts s'accordent toutefois à dire que les opportunités ne manquent pas. “Les vagues de chaleur vont encore s'intensifier dans les villes, ce qui pourrait entraîner une migration vers des zones plus fraîches pendant les mois d'été", ajoute M. Bonardo. Pietracamela a en effet connu une augmentation du nombre de nuitées pendant la pandémie.
L'histoire de ce lieu a été marquée par des changements constants et continuera logiquement de l'être à l'avenir. Si les activités de cardage se sont éteintes avec le décès des générations précédentes, il y a plus de vingt ans, et le tourisme hivernal est appelé à perdre de son importance, les habitants sont contraints de trouver de nouveaux symboles et modèles de développement pour survivre.
La municipalité de Pietracamela est également un parfait exemple de la manière dont le changement climatique réclame un passage de témoin entre les générations, car il n'y a pas de durabilité sans continuité, en particulier dans le cas d'événements climatiques et démographiques souvent extrêmement rapides et imprévisibles.

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