Il a fallu un an et demi pour que Viktor Orbán se mette en marge de la politique européenne. Ce n’est pas gênant seulement pour nous mais aussi pour les gouvernements occidentaux qui ne savent pas trop quoi faire avec leur allié d’antan.

L’Occident peut-il faire tomber Viktor Orbán ?, me demande un ami. Après tout, il l’a fait avec l’italien Berlusconi et le grec Papandréou et a installé à leur place ses hommes de confiance, des technocrates du monde de la finance, des hommes plus prévisibles et raisonnables.

L’enjeu était de taille, puisqu’il s’agissait de deux Etats de la zone euro et Bruxelles (en réalité Berlin et Paris) craignait que l’incertitude politique et économique ne nuise à la stabilité de la zone toute entière. Ils ont sauvé ce qui pouvait encore être sauvé.

Difficile de destituer un Premier ministre de l'extérieur

Mais la Hongrie ne fait pas partie de la zone euro et il n’y a finalement que les banques autrichiennes qui se font vraiment du souci pour nous, certes beaucoup de souci.

Si la Commission européenne a menacé hier de lancer des procédures d’infraction à notre encontre, cela indique que les tentatives extrêmes du gouvernement de garder le pouvoir et sa politique économique non orthodoxe inquiètent sérieusement Bruxelles.

Mais le “cas hongrois” est un vrai casse-tête : il n’est tout de même pas facile de destituer un Premier ministre de “l’extérieur”, quand il a été élu avec une majorité des deux tiers sièges aux Parlement.

Qui plus est, l’opposition est en ruine. Malgré tout ce qui peut être dit, le mandat démocratique est important dans les pays membres de l’Union européenne, car c’est ce à quoi tout homme politique doit son pouvoir.

Ce n’est que de manière provisoire, et en cas d’extrême nécessité, que l’on fait appel à des gouvernements de technocrates, puisque même en Occident, la plupart des hommes politiques se méfient d’eux, étant donné qu’ils n’ont pas gravi tous les échelons de la vie politique et n’ont reçu aucun mandat des électeurs.

Dans le cas de la Hongrie, il faut qu’ils prennent aussi en considération que trop de pression peut avoir l’effet inverse de celui escompté et porter de l’eau au moulin de Jobbik [parti d’extrême droite].

En Europe, on oublie vite en politique

Actuellement, on est probablement en train d’étudier deux scénarios possibles nous concernant. Le premier – et l’avertissement de Bruxelles va dans ce sens – est que l’on donne encore une chance à Viktor Orbán s’il se montre plus flexible en ce qui concerne la loi sur la Banque centrale [qui accroît le contrôle du pouvoir sur elle] et la retraite des juges [considéré comme une manière d’épurer la magistrature].

Et surtout s’il est prêt à repenser sa politique économique lors des négociations avec le FMI. Ils ne le prendraient certes pas dans leurs bras, mais en Europe, en politique, on oublie vite.

Cela vaut la peine d’évoquer l’indignation suscitée par le chancelier autrichien Wolfgang Schüssel quand, en 2000, il a formé une coalition gouvernementale avec le Parti de la liberté de Jörg Haider. Le scandale s’est ensuite calmé et Schüssel a pu gouverner sans être inquiété jusqu’en 2007.

Si le changement politique demandé est, pour le gouvernement actuel, difficile à faire passer auprès de l'opinion, voire invraisemblable, il y a aussi un second scénario possible : en utilisant le réseau du PPE [le Parti populaire européen dont la Fidesz d’Orbán est membre], on va essayer de trouver quelqu'un au sein de la Fidesz qui puisse prendre la place du chef du gouvernement.

On n’en est encore aux tâtonnements et il ne faut pas se faire des illusions, cela constitue vraiment le scénario catastrophe ultime.