Alors que la tourmente créée par les scandales des abus sexuels au sein d’institutions liées à l’Eglise catholique allemande fait rage, la ministre de la Justice, Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, a annoncé qu’elle allait protester auprès des évêques. Même s’il y a prescription (en Allemagne, le délit ne peut être retenu au-delà de dix ans), les victimes devraient recevoir "une compensation économique". "Cela apporterait une certaine justice, même si l’injustice subie ne pourrait être réparée", a affirmé la ministre. Le gouvernement allemand a par ailleurs annoncé une table ronde [le 23 avril prochain] pour se pencher sur les cas d'abus et la Conférence épiscopale a d’ores et déjà confirmé sa présence.

L’opinion publique allemande est scandalisée par ces nouvelles révélations, diffusées par la principale télévision allemande, ARD. Le 8 mars, cette dernière révélait un autre cas de maltraitance systématique de mineurs dans un centre éducatif religieux, la fondation Educon, qui accueille des enfants autistes et souffrant d’autres troubles mentaux. Le Parquet de Düsseldorf a ouvert une enquête sur les 17 éducateurs de l’institut.

Un déluge de dénonciations

Aux Pays-Bas, la Conférence des évêques néerlandaise a décidé, le 9 mars dernier, d’œuvrer pleinement pour faire toute la lumière sur les dénonciations d’abus sexuels qui auraient eu lieu dans divers internats du pays et dont auraient été victimes au moins 200 personnes. Si les premiers cas remontent aux années 1960 dans un internat tenus par des pères salésiens ; les dénonciations sont ensuite venues d’autres centres du pays. Les évêques se sont dits “profondément affectés par les cas choquants d’abus sexuels révélés ces derniers jours”. L’affaire a éclaté en février, lorsque différents médias ont reçu des dénonciations d’élèves d’un centre de la localité de ’s-Heerenberg (dans l’est du pays). L’évêque de Rotterdam, qui est également président de la conférence épiscopale néerlandaise, Adrianus van Luyn, ancien professeur à l’internat où se seraient produits ces abus, nie avoir été au courant [ce dernier a demandé le lancement d'une "enquête indépendante"]. Le journal De Telegraaf a, quant à lui, ajouté le 9 mars une nouvelle accusation, provenant d’un ancien élève d’une école de religieuses, faisant cas d’abus commis par les nonnes lorsqu’il avait 11 ans.

Le même jour, en Autriche, la presse a révélé que deux institutions du pays, dont un internat, ont été le théâtre d’abus sexuels sur des mineurs durant les années 1970 et 1980. Le père supérieur de l’abbaye St Pierre de Salzbourg (dans l’est), Bruno Becker, a avoué avoir abusé d’un enfant de 12 ans il y a plus de 40 ans. Le religieux a ajouté qu’il en avait informé les autorités de l’Eglise catholique en 2009, après que sa victime avait pris contact avec lui. Cette année, dans une lettre à cette dernière, le religieux proposait 5 000 euros contre son silence, même si le délit est juridiquement prescrit. Cette victime a en outre affirmé avoir subi des abus sexuels de la part d’autres prêtres durant plusieurs années. L’un d’eux a abandonné l’habit religieux et l’autre a demandé son transfert dans un autre monastère. Tous deux ont été arrêtés au Maroc en 2005 pour tourisme sexuel.

La timide réaction du Vatican

D'autres cas de pédophilie ont été dévoilés le 9 mars dans le Vorarlberg cette fois (dans l’ouest de l’Autriche). Un mineur, étudiant dans un internat privé d’enseignement secondaire du monastère cistercien de Mehrerau, aurait subi des attouchements dans les années 1980. L’auteur a reconnu les faits et a été transféré dans le Tyrol tout proche.

Face à ce déluge de dénonciationsle Vaticanà dû réagir. Son porte-parole, le père Federico Lombardi, s’est exprimé en défense des Conférences épiscopales allemande, autrichienne et néerlandaise, assurant qu’elles avaient su affronter les scandales concernant les abus sexuels avec "rapidité et détermination". Et d’ajouter que l’Eglise catholique n’est pas le seul milieu à connaitre ce genre de délit. Il a ainsi rappelé qu’à l’époque où se sont déroulés les abus dénoncés en Autriche, les autorités reconnaissent 527 cas similaires, parmi lesquels 17 seulement eurent lieu au sein de l’Eglise et 510 dans d’autres institutions.