David Cameron, le Premier ministre du Royaume-Uni, prend peur et a recours à un discours alarmiste. C’est un spectacle des plus scandaleux. La source des craintes de David Cameron ? L’UKIP, un parti eurosceptique et anti-immigration qui est susceptible d’enregistrer de bons résultats lors des élections européennes de mai 2014. Son discours alarmiste concerne l’immigration et notamment l’entrée d’autres citoyens de l’UE au Royaume-Uni.

Le 26 novembre, le Premier ministre a présenté des conditions dont le but est de compliquer l’accès des immigrés européens aux allocations sociales proposées au Royaume-Uni. Selon lui, ces restrictions sont comparables à celles qui existent ailleurs en Europe et elles sont conformes aux réglementations de l’UE.

Si ces conditions sont acceptées par la Commission européenne, très bien. En revanche, la rhétorique et la désinformation qui ont accompagné l’annonce de David Cameron manquent de bon sens et sont de mauvais goût. Dans un article du Financial Times – un quotidien qui n’a habituellement pas peur des nuances – il note qu’à partir du 1er janvier, les Roumains et les Bulgares "auront le droit de travailler au Royaume-Uni au même titre que les autres citoyens européens". Et de poursuivre : "Je sais que de nombreuses personnes sont extrêmement préoccupées par l’impact que cela pourrait avoir sur notre pays. Je partage ces préoccupations."

Cri de ralliement chauvin

Jadis, lorsque les chefs de gouvernement étaient moins tentés par le populisme hypersensible ou qu’ils avaient plus de courage moral, ils se seraient attelés à ces préoccupations – ou les auraient même affrontées. David Cameron se contente néanmoins de les partager.

Il mélange délibérément le droit des Roumains et des Bulgares de percevoir des allocations sociales avec celui de travailler

Pour commencer, il déforme ces préoccupations. Il mélange délibérément le droit des Roumains et des Bulgares de percevoir des allocations sociales avec celui de travailler. C’est là une distinction fondamentale qu’il faut préserver, au vu de la dangereuse rhétorique du "tourisme des allocations". Les chiffres à notre disposition suggèrent (et le gouvernement britannique n’a pas réellement été capable de prouver le contraire) que les immigrés d’autres pays de l’UE sont des contributeurs nets du système d’imposition et d’indemnisation britannique.

Toutefois, une fois dénuées des sous-entendus sur les droits aux prestations sociales, les objections de David Cameron à propos des travailleurs étrangers s’apparentent dangereusement au discours qui revendique "des emplois britanniques pour des travailleurs britanniques" – un cri de ralliement chauvin mais sans logique économique.

La dure réalité, c’est pourtant que le Royaume-Uni a besoin de l’immigration. Sans elle, l’économie aura du mal à s’en sortir, en particulier si la main d’œuvre britannique manque de compétences – ce que le Premier ministre reconnaît lui-même. En revanche, faire valoir que le gouvernement investit (un peu tard) dans des formations professionnelles ne lui donne pas carte blanche pour condamner les immigrés actuels.

Discours alarmiste

Reconnaissant à demi-mot que ses arguments ne font pas le poids intellectuellement, David Cameron recommande un remaniement des règles de l’UE sur la libre circulation des personnes, qui selon lui "ont déclenché de vastes déplacements de population".

Le contraste est saisissant avec un discours prononcé le 9 novembre par Herman van Rompuy, le président du Conseil européen, dans lequel ce dernier a appelé à conserver un sens des proportions, avant de noter que pour chaque Polonais qui travaille à Londres, il y a deux Britanniques expatriés sur les côtes espagnoles. Il a défendu la libre circulation des personnes et a exhorté les dirigeants à combattre les préjugés "avec des faits, avec discernement, avec conviction". Il est tout à son honneur que László Andor, le commissaire chargé de l’Emploi et des Affaires sociales, s’y efforce. De plus nombreux commissaires devraient suivre son exemple.

Il a choisi de s’embarquer dans une compétition qu’il ne gagnera pas

Malheureusement, ce ne sont toutefois pas les qualités qu’affiche David Cameron. Il a choisi de s’embarquer dans une compétition qu’il ne gagnera pas – son discours alarmiste ne peut surpasser celui de l’UKIP et celui encore plus inacceptable de l’extrême droite ou de certains médias britanniques.

Si David Cameron souhaite réellement réformer l’UE, il devrait abandonner l’intimidation. Le parti politique qu’il dirige était autrefois le premier à soutenir les libertés au sein de l’UE : ces libertés valent encore la peine d’être défendues.