Avant Noël, le Parlement slovaque a adopté un amendement au Code civil. Depuis le 1er janvier 2011, tout contrat commercial passé avec l’Etat devra être rendu public sur Internet.Et sans cet affichage, aucun contrat ne sera valide.

Une telle transparence est tout à fait inhabituelle. Même dans les pays européens qui peuvent s’enorgueillir d’un très faible niveau de corruption, cette obligation n’est pas la règle. C’est en fait la corruption du milieu politique slovaque qui a conduit le Premier ministreIveta Radičová à s’engager dans cette voie, et l’adoption de cet amendement constitue sans aucun doute sa plus grande victoire politique depuis son accession au pouvoir [en juillet 2010].

Il faut par ailleurs savoir que ce texte a un effet rétroactif. Le gouvernement slovaque a par conséquent déjà rendu publics tous les contrats passés avec l’Etat au cours des quatre dernières années et s’est engagé, d’ici la fin de l’année, à afficher tous ceux conclus depuis 2000.

Cette façon radicale d'instaurer la transparence peut s’expliquer par plusieurs raisons. Contrairement à la République tchèque, où le principal thème de campagne des partis de droite a concerné l’endettement de l’Etat, en Slovaquie, les débats ont avant tout porté sur la corruption rampante qui avait cours sous le gouvernement de Robert Fico.

L’opposition de l’époque avait alors tout fait pour susciter dans l’opinion publique un fort sentiment d’aversion contre tous ceux qui touchaient des pots-de-vin, en rappelant les détournements de biens publics auxquels s’étaient livrés les membres du gouvernement de Vladimír Mečiar dans les années 90, un épisode qui reste un souvenir très amer dans la mémoire historique de la Slovaquie.

Le monde politique soumis à une pression toujours plus grande

Iveta Radičová a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Mais on peut également proposer une autre explication, celle-là plus générale, qui renvoie à une tendance globale : les rapports sociaux sont de plus en plus influencés par Facebook et le monde politique est soumis à une pression toujours plus grande des médias. WikiLeaks ne constituerait qu’un effet secondaire du phénomène. Il ne resterait alors à la disposition des politiciens que deux options : se dissimuler derrière des remparts, ou, en revanche, jouer la carte de la totale transparence.

Seul le temps nous dira dans quelle mesure l’expérience slovaque réduira la corruption. L’opposition affirme que la publication de milliers de contrats n’aura pour seul effet que de submerger de données la société et les médias qui seront bien en peine de les traiter. Les défenseurs de cette expérience prétendent, quant à eux, qu’il y aura toujours quelqu’un – une entreprise ayant perdu un appel d’offres, par exemple – pour les alerter sur des prix de marché excessifs. Et puis surtout, la publication des contrats sur Internet obligera les entreprises et les fonctionnaires à adopter un comportement responsable.

La Slovaquie en laboratoire d'expériences sociales

Cette avancée de la Slovaquie vers une transparence quasi absolue de l’Etat est sans doute risquée et personne ne peut prédire quels seront ses effets non voulus. Par ailleurs, il n’est pas du tout certain que cette stratégie parvienne à tuer la pieuvre de la corruption, qui est tout autant hypertrophiée en République tchèque et dans le reste de l’Europe centrale et qui a su développer une aptitude tout à fait singulière pour contourner les lois.

En raison de son histoire politique mouvementée, qui voit régulièrement s’imposer à la tête du pays une escouade de politiciens radicaux, la Slovaquie devient à nouveau – pour la deuxième fois déjà après l’introduction il y a 8 ans de réformes fiscales radicales – un laboratoire d’expériences sociales.