Une coupe de champagne solennelle et le passeport de la République hongroise à la main, une vingtaine de Csángós [minorité hongroise très présente en Roumanie] ont reçu la double nationalité. Ayant tous revêtu leur costume traditionnel, la plupart avaient les larmes aux yeux.

Rien d’étonnant à cela. Ces gens reviennent des profondeurs du passé. Et pas seulement à cause du millier de kilomètres qu’ils ont dû parcourir depuis leur région située à la frontière roumano-moldave, où ils vivent depuis mille ans.

La loi Orbán sur la citoyenneté [adoptée en mai 2010] est généreuse: elle contient une clause qui dispense, à titre exceptionnel, de remonter à la Hongrie historique d’avant 1918 pour prouver son origine. Les Csángós profitent de cette exception : il leur suffit de justifier de leur origine hongroise par le nom de leurs parents et grands-parents avec un simple certificat de naissance.

Bruxelles ne nous dictera pas notre conduite"

Budapest est tolérante envers ses lointains cousins. Trois jours avant les Csángós, ce sont les Hongrois croates de Mohács qui étaient à l’honneur, et la veille encore ceux de la Voïvodine et de Transylvanie à Subotica, Koloszvár ou Csíkszered. Ils ont tous juré sous serment fidélité à leur nouvelle patrie, la Hongrie, de la servir et de la défendre.

Avant que les premiers Csángós prêtent serment, le Premier ministre Viktor Orbán, du haut des marches du Musée national, s’était adressé à une foule de plus de vingt mille personnes : "Nous, les Hongrois, avons juré ici même de ne plus jamais être des esclaves".

Chacun avait à l’esprit ce que signifiaient ces mots proclamés à l'occasion du 163ème anniversaire de la révolution anti-Habsbourg : le 15 mars 1848, les pères de la Révolution hongroise contraignaient le gouverneur impérial à céder aux douze exigences des révolutionnaires hongrois, parmi lesquelles la liberté de la presse et l'abolition de la censure.

"Le serment du 15 mars nous engage. Ce serment signifie que chaque Hongrois défendra chaque Hongrois, et tous ensemble nous défendrons la Hongrie." Orbán a parfaitement utilisé la symbolique de mars : "Fidèles à notre serment, nous n’avons pas accepté le diktat de Vienne de 1848, puis nous nous sommes opposés à Moscou en 1956 et en 1990. Aujourd'hui, nous ne permettrons à personne de nous dicter une conduite depuis Bruxelles."

Un nouveau nom, une nouvelle Constitution

La veille de ce grand discours d’Orbán, les partis de la coalition gouvernementale avaient présenté au Parlement un avant-projet de réforme de la Constitution, appelé déjà "Constitution de Pâques" – qui semble vouloir symboliser la renaissance de la nation hongroise.

La République hongroise va s’appeler la Hongrie. Le parti Fidesz de Viktor Orbán, malgré la consternation exprimée par l’opposition de gauche, affirme que cette Constitution ne sera pas le fruit de la réflexion des seuls hommes politiques, mais de la nation tout entière. Il y a quelques semaines, tous les ménages hongrois ont reçu un questionnaire pour s’exprimer sur douze questions (par exemple, approuvent-ils qu’un condamné à perpétuité doive purger sa peine intégralement ?).

Quelque 800 000 Hongrois auraient déjà répondu. Et leurs réponses devront être traitées en un délai record. Car la nouvelle Constitution devra être approuvée par le Parlement à la mi-avril déjà et, naturellement, elle sera solennellement signée par le Président de la république Pál Schmitt le lundi de Pâques.

Les voisins de la Hongrie s’inquiètent

Tout cela pourrait n’être qu’une affaire purement intérieure. Mais "la Hongrie, guidée par l’idéal de la nation hongroise, portant la responsabilité de tous les Hongrois vivant à l'étranger" s’étend bien loin de Budapest. Et les États voisins ne seront pas enchantés que la Hongrie se sente responsable de ses citoyens de l’extérieur.

Cette nouvelle Constitution est pressentie comme celle de la nation hongroise tout entière. Par conséquent, elle est censée garantir le droit de vote aux Hongrois de l’étranger fraîchement naturalisés. Mais selon certains médias, des dissensions à ce sujet persistent au sein du parti Fidesz.

Le projet de Constitution ressuscite également la terminologie désuète de la Hongrie impériale. Ainsi, la Cour suprême devrait reprendre l’appellation de Curie. Nationale, chrétienne, impériale, révolutionnaire: telle apparaît la nouvelle Constitution de Pâques de Viktor Orbán.