Une ancre-icône, une veilleuse-montre aux petits anges, des boîtes musicales et des fleurs en plastique ont été cataloguées kitsch par les auteurs de l’exposition "Le Kitsch, un style de vie". N’y ont pas échappé non plus le palais de Gigi Becali, patron du club de football Steaua Bucarest, avec son crucifix doré géant que l’on aperçoit au dessus de la clôture ni les casinos installés dans des bâtiments d’époque décorés de guirlandes lumineuses de Noël.

Mihaela Pop, conférencière à la Faculté de Philosophie de Bucarest, organisatrice de l’exposition en collaboration avec des étudiants de la Faculté d’Histoire de la capitale roumaine, considère que "le Kitsch induit un plaisir intellectuel facile en niant l’authenticité". Mais il a aussi une fonction sociale. "Les objets-kitsch sont choisis par leurs possesseurs pour souligner leur statut. On peut parler d’homme-kitsch, de mentalité-kitsch, basée sur le plaisir immédiat, sur la frénésie possessive, le désir d’avoir le plus d’objets possible", explique-t-elle encore.

L’exposition contient aussi des photos d’objets qu’on retrouve sur les stands des foires et des marchés : t-shirts et bracelets aux couleurs brillantes et criardes; bougies rouges avec des images de saints collées dessus, perroquets, lapins et assiettes ornées de l’image de la Sainte Famille ou encore les classiques angelots dodus. "Le Kitsch a quelque chose d'agressif, il tend à envahir tous les compartiments de notre vie qu’on le veuille ou non", estime Roxana Coman, étudiante en troisième année à la Faculté d’Histoire.

Mais il n’est pas seulement caractéristique de la société roumaine. "Ce style apparaît dans les périodes de changements sociaux rapides, comme chez nous après les années 1990. Les hommes de la société communiste ont dû, en quelques années, surmonter les défis auxquels les occidentaux ont été confrontés tout au long des 30 ou 40 dernières années", dit encore Mihaela Pop. "Il est clair que nous avons affaire à un choc entre deux cultures différentes, intervenu après l’adhésion à l’UE. C'est ce qui génère les phénomènes kitsch".

La solution devant l’avalanche de mauvais goût, selon Mihaela Pop, est d’adopter une attitude anti-kitsch, sur la base d'une culture sérieuse. L’exposition peut être visitée jusqu’au 2 juin, à la Faculté d’Histoire de l’Université de Bucarest.