On compte parmi les principaux partis politiques croates l’Union démocratique croate (HDZ, droite, vainqueur au sein de sa coalition de 43,7 % des sièges aux législatives de 2020) ; le Parti social-démocrate (SDP, 27 % des sièges) ; le Mouvement patriotique de Miroslav Škoro (DPMŠ, droite populiste, 10,5 % des sièges) ; le Pont des listes indépendantes (Most, conservateur, 5,2 % des sièges) et Nous pouvons ! (Možemo!, gauche, 4,6 % des sièges). Malgré la promesse de retour à nos appels téléphoniques, seuls le SDP et Možemo! ont répondu à nos questions avant la publication de cet article.
Intéressons-nous d’abord à l’aile droite de la politique croate, composée du HDZ (membre du Parti populaire européen), du DPMŠ et du Most (qui, s’il accède au Parlement européen, siègera sûrement avec le groupe Identité et démocratie). Sur base des preuves existantes, nous pouvons nous faire une bonne idée de la priorité absolue de ces partis pour l’élection à venir : la “sécurité”.
Pour la droite croate, la migration de réfugiés venant de régions d’Asie ou d’Afrique ravagées par la guerre, le changement climatique ou l’instabilité économique engendre essentiellement un problème de sécurité. C’est pourquoi elle a demandé l’envoi de l’armée et des forces de protection civile aux frontières avec la Bosnie-Herzégovine et la Serbie. La droite essaye également de justifier les violentes méthodes utilisées par la police ces dernières années pour “défendre” le territoire en se servant à profusion des stéréotypes sur les “migrants”.
La guerre en Ukraine et la menace russe constituent assurément un authentique problème de sécurité. Les conservateurs entendent donc mieux armer les alliés occidentaux, améliorer la coordination militaire entre les pays de l’UE, renforcer l’armée croate et réintroduire le service militaire obligatoire pour les hommes.
Au-delà du thème de la sécurité, l’impératif pour les conservateurs est de prouver aux Croates qu’ils sont les garants d’une souveraineté nationale croate durement acquise. En 2023, le Bureau du procureur général européen (BPGE) a mis le projecteur sur certains ministres corrompus membres du HDZ, tout en révélant l’inefficacité du système judiciaire croate et sa soumission au gouvernement. Le BPGE s’est donc naturellement retrouvé dans la ligne de mire des conservateurs concernant la “protection de la souveraineté” du pays.
Le conflit a atteint son paroxysme en mars 2024, lors d’un débat public houleux entre le Premier ministre croate Andrej Plenković (HDZ) et Laura Kövesi, la première procureure en chef du Parquet européen, sur la question même de la compétence du BPGE. Fraîchement élu procureur général de la Croatie, Ivan Turudić (dont la nomination, vue comme un cas d’ingérence politique dans le système judiciaire, avait été critiquée) a déclaré que la compétence du BPGE devait être abolie.
De son côté, le SDP indique vouloir axer sa campagne sur trois thèmes : l’égalité sur le plan économique, la sécurité et l’égalité en général. Le parti défend une Europe de la justice sociale, de la solidarité entre les Etats membres de l’UE, d’un meilleur système de santé, de la protection sociale et de l’éducation, de la réduction du chômage chez les jeunes, de la transparence et de la responsabilité en politique.
Le SDP s’intéresse tout particulièrement à la situation des travailleurs. En termes d’égalité sur le plan économique, les sociaux-démocrates insistent sur la hausse du pouvoir d’achat, le combat contre la pauvreté et les inégalités homme-femme, une meilleure régulation de l’intelligence artificielle, un objectif de zéro décès sur les lieux de travail, la réduction du temps de travail et la participation des travailleurs aux prises de décisions.
Sur le plan de la sécurité, le SDP souligne l’importance d’une amélioration de la coopération policière et judiciaire entre les pays de l’UE “dans la lutte contre le terrorisme, le crime organisé, les trafics d’armes et de drogues, la cybercriminalité, le blanchiment d’argent et toute forme de crimes liés au genre.”
Le SDP prend soin de ne pas associer la sécurité à la migration et évite même de mentionner les conflits ayant lieu aux frontières de l’Europe. Le parti est en faveur d’un renforcement d’Europol, du BPGE et de la future autorité de lutte contre le blanchiment d’argent.
Sur le plan de l’égalité, le SDP met l’accent sur l’importance de la “tolérance zéro à l’égard du sexisme, du racisme, de l’antisémitisme, de l’islamophobie, des LGBTI-phobies et de toute forme de discrimination”. Le parti prévoit de travailler à une politique européenne plus forte en matière d’égalité de genre et d’égalité des personnes LGBTQIA+, ainsi qu’à une directive européenne contre les discriminations et à la mise en place d’une stratégie de l’UE sur les droits des personnes handicapées.
Pour sa part, le Parti Možemo! prévoit de siéger aux côtés des Verts s’il entre au Parlement européen. Sa première préoccupation sera l’amélioration du niveau de vie. Il souhaite une plus grande convergence économique et sociale des pays de l’UE afin de réduire les disparités qui persistent entre eux. Le logement est l’une de ses priorités : “Nous exigerons plus d’investissements dans le logement à prix abordable et l’adoption d’un plan à cet égard au niveau de l’UE”, explique-t-il. Le transport est également important : “Nous promouvrons un transport public de meilleure qualité et en particulier le renouvellement des structures se trouvant dans un état déplorable dans tout le sud-est de l’Europe.”
Pour Možemo!, une meilleure qualité de vie se traduira par la création d’emplois décents, en particulier au sein du secteur durable : “Nous les Verts, voulons lancer un plan d’investissement massif d’au moins 200 milliards d’euros par an permettant la création d’emplois nouveaux, sûrs et verts pour les citoyens de l’UE. Nous investirons dans les énergies renouvelables, dans l’industrie agroalimentaire, dans le transport public et dans la construction (notamment pour la rénovation énergétique de bâtiments).”
Možemo! explique vouloir travailler à l’accélération de l’intégration dans l’UE des pays d’Europe de l’Est, tout particulièrement ceux d’ex-Yougoslavie : “Nous pensons que l’UE doit tenir les promesses faites aux pays candidats à l’adhésion, à savoir la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Macédoine du Nord, la Serbie, l’Albanie, la Moldavie, l’Ukraine et la Géorgie. Nous soutenons les efforts fournis par le Kosovo pour devenir candidat à l’adhésion à l’UE”. Možemo! se veut également en faveur d’une “solution à deux Etats” pour établir des conditions de paix en Israël et en Palestine.
En règle générale, le parti soutient “la défense de la démocratie et de l’égalité face aux tendances autoritaires et conservatrices” et “celle des droits des citoyens de l’UE face à l’empiètement des gouvernements sur les droits fondamentaux”. Un engagement qui passe notamment par “la reconnaissance du droit à l’avortement comme droit fondamental au niveau de l’UE, la protection de groupes vulnérables et marginalisés, y compris les personnes LGBTQIA+”. S’il est élu, le parti cherchera à modifier les lois sur la migration récemment adoptées afin de “mettre un terme à la violence et prévoir des voies de migrations sûres et légales pour réduire le nombre de traversées irrégulières de ressortissants de pays du tiers-monde.”
Cet article fait partie de “Voices of Europe 2024”, une initiative coordonnée par Voxeurop et à laquelle participent 27 médias des quatre coins de l’Europe.
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