Et si la Roumanie devenait le grenier de l’Europe ?

Dans un contexte de crise mondiale, la bataille pour les ressources va encore s’accroitre en 2013. Alors que l’UE se tourne vers la Russie pour ses besoins énergetiques, l’un des ses pays membres pourrait l’approvisionner en produits agricoles. A condition que les Roumains prennent conscience de leurs atouts.

Publié le 8 janvier 2013 à 11:38
Un berger avec ses moutons à Râșnov en face des montagnes Bucegi (150 km au nord de Bucarest) le 6 novembre 2012.

Ce ne sera pas une année facile. Le contexte est celui d'une crise mondiale qui a creusé encore davantage les fossés traditionnels Nord-Sud et Est-Ouest, et qui a révélé l'absence de solutions alternatives globales. Les seules qui ont fonctionné tant bien que mal (ou du moins ont apporté un espoir d'amélioration) sont les solutions à l'échelle régionale, ou dans le cadre d'alliances traditionnelles qui tentent de sauver leur maigre pouvoir, le meilleur exemple en étant l'Union européenne et son effort de survie centré sur les pays de la zone euro.

Les Européens vivent leur plus grand dilemme existentiel, qui, d'une manière ou d'une autre, trouvera un début de résolution durant cette année 2013. L'UE est dépendante des ressources russes à hauteur d'environ 60%, pourcentage qui pourrait croître considérablement en cas de conflit bloquant temporairement l'accès aux ressources du Moyen-Orient. Elle est également dépendante des importations de céréales et de viande d'Amérique du Sud, fournisseur stratégique et encore peu coûteux, mais qui peut changer de comportement maintenant que le Mercosur est confirmé dans la position d'acteur majeur sur le marché international de pouvoir.

L'agriculture comme levier géopolitique

Il est probable que l'Europe continue à considérer la Russie comme un partenaire stratégique dans la résolution des problèmes énergétiques, et peut-être arrivera-t-elle à trouver un moyen de profiter du marché africain des ressources. Mais l'année 2013 sera marquée par une bataille féroce pour les matières premières agricoles et la fourniture de viande.

Il se peut que tout cela constitue une opportunité pour la Roumanie, un pays qui, du moins en théorie, pourrait produire une proportion importante de la demande européenne en produits agricoles. Ce serait une erreur historique de ne pas profiter (comme nous l'avons obstinément fait ces 5 dernières années) des nombreux arguments que nous pourrions faire valoir auprès de Bruxelles, opportunités inscrites dans la Politique agricole commune. Je ne plaide pas pour une Roumanie qui soit seulement le grenier de l'Europe, mais pour une Roumanie qui sache en faire un levier de politique étrangère. Mais peut-être ne le voulons-nous pas, auquel cas, bien évidemment, les choses deviennent beaucoup plus simples. Nous restons comme nous sommes et nous en payons le prix.

NEWSLETTER EN FRANÇAIS

Mauvaises herbes

Alors que chez nous, de vastes terrains sont laissés en proie aux mauvaises herbes depuis plus d'une décennie, alors que nous sommes devenus un pays de plus en plus dépendant des coûteuses importations dans tous les domaines de la production agricole, les Européens cherchent des formules pour obtenir des produits agricoles bon marché et qui respectent l'environnement. C'est justement ce que nous pourrions fournir, à bon prix, si seulement nous savions ou si nous voulions promouvoir ce que nous avons en ce moment-même, tout en investissant dans un système national de petites exploitations, soutenu par une Banque nationale de crédit agricole.

Dans ce domaine sera menée l'une des batailles les plus impitoyables de l'année 2013 et, le comble, nous aurions des chances de faire partie des gagnants, car l'autre grand bassin agricole, l'Ukraine, est plombé par de gros problèmes politiques et n'aurait pas, comme nous, l'avantage de faire partie de l'UE.

Prévisions

Des réserves agricoles en baisse

“Les phénomènes météo extrêmes de 2012 ont considérablement réduit la production agricole partout dans le monde”, constate Evenimentul Zilei.

Certains fermiers ont fait faillite, d’autres ont su profiter de cette situation, ayant obtenu des bénéfices confortables à la suite des cultures comme le maïs ou le soja, dont les prix ont augmenté de façon spectaculaire.

Mais les fermiers roumains n’ont pas eu cette opportunité, ajoute le quotidien, car sur le marché intérieur le prix de vente du maïs est inférieur au coût de production. Cela s’explique par des réserves suffisante datant de 2011, “qui vont probablement finir à l’exportation”, même si “en 2012 la production a été sensiblement réduite par la sécheresse, d’environ 60% par rapport à l’année précédente”. Par ailleurs, “les superficies cultivés avec du soja sont de plus en plus réduites ces derniers années, la demande étant satisfaite principalement par l’importation”.

Les estimations des analystes sont plutôt sombres pour 2013, averti le quotidien : “les spécialistes de Merrill Lynch craignent le pire et annoncent qu’en 2013 la production de blé sera très faible au niveau mondial. […] Goldman Sachs prévoit même une majoration des prix” du blé et du maïs pour les 6 premiers mois de l’année.

Média, entreprise ou organisation: découvrez notre offre de services éditoriaux sur-mesure et de traduction multilingue.

Soutenez le journalisme européen indépendant

La démocratie européenne a besoin de médias indépendants. Voxeurop a besoin de vous. Rejoignez notre communauté !

sur le même sujet