Niels Bo Bojesen - Voxeurop- climate

Dégradation de la santé physique et mentale, l’impact caché de l’été le plus chaud que l’Europe ait connu

Nous venons de connaître l'été le plus chaud jamais enregistré dans l'hémisphère Nord, et 2024 est en passe de devenir l'année la plus chaude jamais recensée. Mais quelles sont les conséquences concrètes de l'augmentation des températures ?

Publié le 11 septembre 2024

C’est la rentrée ! C'est ce que la "bulle européenne" de bureaucrates, lobbyistes, journalistes et stagiaires de Bruxelles répète chaque année au mois de septembre. Mais avant de se concentrer sur les prochaines échéances politiques, penchons-nous sur ce qui a empêché les Européens de dormir au cours de l'été : la chaleur. Une chaleur record, même.

Selon le Service Copernicus concernant le changement climatique, l'été 2024 a été le plus chaud jamais enregistré dans l'hémisphère Nord, avec des températures supérieures de 1,54 °C à la moyenne 1991-2020, dépassant le précédent record de 2022 (1,34 °C). "Les températures européennes ont été plus élevées que la moyenne dans le sud et l'est de l'Europe, mais inférieures à la moyenne dans le nord-ouest de l'Irlande et du Royaume-Uni, en Islande, sur la côte ouest du Portugal et dans le sud de la Norvège", note le service.

Si le mois d'août 2024 a été le plus chaud jamais enregistré (à égalité avec août 2023) avec une température moyenne de 16,82 °C – soit 0,71 °C de plus que la moyenne de 1991-2020 pour ce mois – le mois de juillet 2023 a établi un nouveau record de température moyenne journalière avec 17 °C les 22 et 23 juillet, les journées les plus chaudes jamais enregistrées.

Et les perspectives ne sont guère réjouissantes : selon Copernicus, la température moyenne mondiale pour les douze derniers mois (de septembre 2023 à août 2024) est déjà supérieure de 1,64 °C à la moyenne préindustrielle de 1850-1900. Selon une étude publiée dans Nature Climate Change, limiter l'augmentation de la température moyenne mondiale à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, l'un des objectifs de l'Accord de Paris, est désormais presque certainement inatteignable, un objectif de 1,6 °C étant actuellement le plus optimiste.

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Les étés en Europe deviennent insupportables, à tel point que la presse européenne a cessé de traiter le sujet de la chaleur par de simples bulletins météorologiques ou par des articles du type "restez hydratés et amusez-vous à la plage".

Sur Instagram, le média italien Will Media fait un travail remarquable en publiant des infographies édifiantes. L’une d’entre elles reprend, par exemple, le nombre moyen de nuits tropicales (c'est-à-dire les nuits où la température n'est pas descendue en dessous de 20 °C) dans les capitales régionales italiennes. En 2022, on en recensait 58.

"Le fait que la température ne descende pas en dessous de 20 °C la nuit a un impact direct sur notre santé : dégradation du sommeil, risque de déshydratation et de coup de chaleur", ajoute Will Media. "Avoir des nuits plus chaudes signifie également une augmentation de la consommation d'énergie en raison des climatiseurs, des déshumidificateurs et des ventilateurs qui restent allumés plus souvent et plus longtemps."

La santé mentale est également impactée par la dégradation de l’environnement, écrit Angelo Romano dans Valigia Blu : "Ces dernières années, les discussions sur l'impact du changement climatique sur la santé mentale se sont concentrées sur l'éco-anxiété, un terme qui fait référence à l'inquiétude chronique, à la peur ou à l'anxiété concernant le sort de la planète face à des événements climatiques graves. On parle moins des recherches qui tentent de mieux comprendre les effets du changement climatique, en particulier des chaleurs extrêmes, sur la santé mentale. Le dernier rapport du GIEC, notamment, a révélé que l'augmentation des températures mondiales a eu des répercussions négatives sur la santé mentale dans plusieurs régions du monde".

L'équipe de jeunes reporters de Will Media souhaite également présenter des solutions aux problèmes posés par le changement climatique. C'est pourquoi elle organise un festival appelé Future 4 Cities. Cet événement, prévu à Milan du 28 au 30 novembre 2024, consiste en une plateforme d'échange d'idées sur la durabilité urbaine, à l’issue de laquelle les meilleures propositions seront récompensées. Un exemple ? L’augmentation du nombre d’espaces verts, comme l'explique cet article. Il est d’ailleurs encore possible de poser sa candidature

Pour résister au changement climatique, songez également à devenir riche : les scientifiques estiment en effet que les personnes les plus pauvres sont les plus touchées par les chaleurs extrêmes en Europe. Ashifa Kassam, pour le Guardian, s'est entretenue avec les chercheurs espagnols à l'origine d’une étude réalisée en 2020 à ce sujet. Julio Díaz Jiménez, chercheur à l'Institut de santé Carlos III de Madrid, y explique que "c'est une question de bon sens" et qu'"une vague de chaleur n'est pas la même si vous êtes dans une chambre partagée avec trois autres personnes et sans climatisation que si vous êtes dans une villa avec accès à une piscine et à l'air conditionné". Mais dans toute l'Europe, écrit Kassam, le débat public portant sur cette question a été lent à démarrer. La journaliste s'est également entretenue avec Yamina Saheb, une des principales autrices du rapport du GIEC sur l'atténuation du changement climatique, qui souligne que les fortes chaleurs provoquées par la pollution au carbone ont tué près de 50 000 personnes en Europe en 2023.

Pour El Diario, Raúl Sánchez et Victòria Oliveres dressent une carte des records de chaleur dans les différentes régions de l’Espagne. Ils écrivent sans ambages que "cette chaleur n'est pas normale" et qu’elle “n'est pas le fait d'une seule journée". Ils expliquent également la signification des fameuses infographies “en bandes” introduites par le scientifique Ed Hawkins afin de visualiser le réchauffement climatique et de le replacer dans une perspective historique.

Mais les journalistes ne se contentent pas de tirer la sonnette d'alarme. Dans Correctiv, Sebastian Haupt et Elena Kolb ont proposé un questionnaire sur le climat à la veille des deux élections régionales s’étant déroulées dans l'est de l'Allemagne à la fin de l'été. Ils ont alors lancé un défi aux lecteurs : connaissaient-ils les projets hostiles au climat du parti Alternative für Deutschland (AfD, extrême droite) ?

Pour les citer, que se passera-t-il si nous continuons à ignorer le changement climatique ?

Prenons l'exemple des Etats-Unis, explique Alexandre-Reza Kokabi dans Reporterre. Comme le révèle une étude du Dr. Vivian Lyons de l'Université de Washington, environ 8 000 fusillades auraient pu être évitées dans 100 grandes villes américaines entre 2015 et 2020 si les températures n'avaient pas été anormalement élevées. "Ce constat n’est pas isolé : une vaste littérature scientifique établit un lien entre les chaleurs extrêmes, dopées par le changement climatique, et les comportements violents", écrit Kokabi.

Deux grandes hypothèses peuvent expliquer cette corrélation. D’un point de vue physiologique, l’exposition à des chaleurs croissantes entraîne une accélération de notre rythme cardiaque, une augmentation de notre pression artérielle et une hausse des niveaux de cortisol – l’hormone du stress”, ajoute-t-il.

Ces effets sont susceptibles de rendre les individus plus irritables, altérer le contrôle de soi et les processus décisionnels, et diminuer la tolérance à la frustration. Les difficultés à trouver le sommeil, exacerbées par la chaleur, contribuent également à une détérioration de la santé mentale et une augmentation de l’agressivité.

Et d’ajouter que “sur le plan social, les violences corrélées à la hausse du mercure mettent en évidence l’impréparation de certaines zones aux effets du changement climatique. La plupart des études montrent que le fardeau de la criminalité est encore plus critique dans les quartiers défavorisés. Dans ces zones, la promiscuité dans les logements, souvent dépourvus de climatisation, et le manque d’espaces verts pour respirer, exacerbent les tensions et les frustrations”.

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Depuis les années 1980 et la financiarisation de l’économie, les acteurs de la finance nous ont appris que toute faille dans la loi cache une opportunité de gain à court terme. Les journalistes récompensés Stefano Valentino et Giorgio Michalopoulos décortiquent pour Voxeurop les dessous de la finance verte.

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