L’Italie joue-t-elle avec la solidarité européenne ? En réaction à l’arrivée de dizaines de milliers de personnes migrantes à Ceuta, une enclave espagnole au Maroc, le gouvernement de Giorgia Meloni a pris fin juillet la décision de temporairement suspendre l’espace Schengen avec l’Espagne et de rétablir les contrôles aux frontières aériennes et maritimes pour les citoyens non-UE arrivant depuis ce pays. La suspension doit durer un mois.
Rome a plaidé un potentiel “risque d’infiltration terroriste” provoqué par l’arrivée massive de personnes migrantes sur le sol espagnol – même si la majorité ont rapidement rebroussé chemin une fois la frontière franchie. En agissant de la sorte, l’Italie a provoqué une flambée des tensions diplomatiques avec l’Espagne, et a créé un dangereux précédent juridique en matière de respect des traités qui régissent l’UE.
Les partis et gouvernements européens conservateurs et d’extrême droite ont multiplié les condamnations et les menaces à l’intention de Madrid dans le sillage de la crise à Ceuta. Dans leur collimateur, l’attitude du Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez, considérée comme trop souple et attractive en matière de migration, ce qui, selon eux, pourrait mettre en danger leurs propres frontières.
En retour, différents observateurs ont critiqué l'instrumentalisation par ces derniers de la “crise de Ceuta” a grands coups de désinformation – oubliant notamment qu'un régime spécifique des règles de l’espace Schengen de libre circulation des personnes s'applique déjà à l'enclave.
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