Idées Crise de la dette

La croissance ne s’achète pas comme ça

Les dirigeants européens cherchent la croissance pour atténuer les conséquences sociales de l’austérité. Mais verser de l’argent aux pays du Sud de l’Europe, qui n’ont pas de bases économiques adéquates, est illusoire, prévient un chroniqueur suédois.

Publié le 19 avril 2012 à 14:24

A en croire le tableau que nous brossent les politiques, les nouvelles aides qui succèdent aux anciennes vont assurer les conditions propices aux réformes attendues et à la croissance économique dans les pays du Sud de l’Europe. Or, cette vision de l’avenir ressemble à s’y méprendre penser aux occasions ratées d’hier. Se trouve-t-il quelqu’un pour croire que la crise européenne de la dette est derrière nous ?

Jusqu’à présent, on s’est contenté d’écraser le frein et de traiter les symptômes de la crise. Tout le monde se serre la ceinture, de gré ou de force.

Une fois de plus, les dirigeants européens ont fait ce qu’ils savent faire le mieux : gagner du temps. Ils entendent le mettre à profit pour promouvoir la croissance économique, seul moyen de sortir de la crise. Une croissance qui ne peut être atteinte que si chaque pays y met du sien. Ce credo sympathique et certainement juste est seriné à la manière d’un leitmotiv par les principaux dirigeants européens.

Mais est-il également réaliste ? On a parfois l’impression que la classe politique n’a qu’une idée très vague de la façon dont l’économie fonctionne réellement dans plusieurs pays de l’Est ou du Sud de l’Europe, et que des mots d’ordre comme « réformes » ou « croissance » n’évoquent guère plus que de vains espoirs ou de pures chimères.

Le dilemme est particulièrement flagrant dans l’Est de l’Europe. A l’effondrement du régime communiste, l’ancienne économie a été mise au rebut. Les usines ont été fermées ou ont fait faillite. Du jour au lendemain, ou presque, tous les produits ont été remplacés : du dentifrice à la margarine en passant par les protège-slips, les réfrigérateurs, les canapés et les voitures.

Pour les consommateurs des pays de l’Est, ce fut une véritable bénédiction. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, ils sont passés de la pénurie à l’abondance. Seul problème – à l’Est, on n’avait pas d’argent pour acheter les produits de l’Ouest. Les habitants de ces pays se sont donc vu proposer des crédits généreux de la part des nouvelles banques commerciales qui, elles aussi, étaient originaires de l’Ouest. Le résultat, ce sont des économies qui, aujourd’hui encore, produisent généralement peu et reposent uniquement sur l’assise précaire de l’endettement.

Une bonne partie de l’Europe du Sud se trouve dans une situation comparable. Une production réduite, des exportations insignifiantes, un fort endettement. Dans le Sud de l’Europe, l’introduction de l’euro a paradoxalement eu des effets similaires à la chute du Mur. Pour la première fois, ces pays ont eu accès à de « vrais » crédits financiers, qui plus est bon marché, comme si le Péloponnèse ou l’Estrémadure se trouvaient en Rhénanie ou étaient voisin de la Bavière.

Une telle occasion ne se présente sans doute qu’une fois dans une vie. Pendant près de dix ans, un déluge de crédits s’est abattu sur l’Europe du Sud. Cet argent aurait pu permettre de jeter les bases d’une croissance économique qui s’auto-entretienne – si on avait investi dans les infrastructures, dans la refonte des Etats, dans l’assainissement de pans entiers de l’industrie ou dans l’éducation. Au lieu de cela, il a été jeté par les fenêtres.

Aujourd’hui, à l’heure où de nouvelles aides succèdent aux anciennes, on nous dit qu’elles permettront de créer les conditions nécessaires aux réformes attendues et à la croissance économique dans les pays du Sud de l’Europe. Or, cette chance, nous l’avons déjà laissé passer ; elle est maintenant derrière nous. La vision de l’avenir que nous brossent les dirigeants européens ressemble ainsi à s’y méprendre à nos occasions manquées d’hier.

Les hommes engendrent bien plus de problèmes que de solutions. Olof Palme disait que la résolution d’un problème – et donc la politique – était une question de volonté. Pour Karl Marx, la solution consiste à prendre conscience de ce qui est indispensable. Soit. Aucune de ces deux approches ne peut faire de mal. Mais c’est sans doute Bismarck qui s’est montré le plus perspicace en déclarant que la politique est l’ »art du possible », et qu’il faut donc chercher les solutions dans ce qu’il est matériellement possible de faire. Car même un économiste ou un politicien médiocre est capable de trouver la recette miracle aux problèmes économiques de la Grèce, mais celle-ci a aussi peu de chances d’être acceptée que vous avez de chances de vous faire servir un café turc à Athènes.

Reste à savoir de quoi un certain nombre de pays européens vivront à l’avenir, dans le contexte actuel de la mondialisation. Nul ne semble détenir la réponse. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il va falloir changer radicalement de mode de vie et que la Chine, bien plus que l’Allemagne, est responsable de cette situation.

Vu d’Allemagne

Les hésitations de Berlin attirent les spéculateurs

En Allemagne, la crise est de retour, du moins dans la presse. D’abord, parce que le Financial Times a révélé qu’un “gourou” de la finance américaine, le spéculateur John Paulson, parie contre l’Allemagne, en estimant que la crise prendra bientôt une ampleur telle qu’elle fera perdre à Berlin sa notation triple A ; ensuite, parce que, fort de ses prognostics prédisant 2% de croissance pour 2013 et avec un marché de l’emploi dynamique, le gouvernement doit se poser une fois de plus la question de savoir jusqu’où il est prêt à fournir de l’aide aux pays les plus fragiles de la zone euro. Ce qui fait dire à la Süddeutsche Zeitung que

c’est justement cette dichotomie — les grandes économies comme la France, l’Espagne et l’Italie d’une part, et le poids lourd allemand de l’autre — qui représente le problème fondamental de l’euro club : comment une union monétaire peut-elle fonctionner durablement, alors que les économies s’éloignent de plus en plus ? C’est la question qui se pose depuis le début et à laquelle les Etats n’ont pas encore trouvé de réponse. Car celle-ci est liée à un oui ou à un non à l’Union de transfert : les pays forts, doivent-ils aider de manière permanente les faibles pour empêcher que les différences soient trop grandes et que la communauté se déchire ? De la réponse dépend la permanence dans le club de la Grèce et du Portugal, mais aussi de l’Espagne. […] Il nous faut des prises de positions claires. Des engagements arbitraires comme le pacte « Euro plus » ou de faibles paquets de mesures pour l’emploi ne peuvent pas réussir.

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