La faute à Napoléon

Publié le 28 septembre 2011

L'idée que le centralisme et l'ambition française ont perverti l'Union europénne est toujours bien présente dans l'esprit de certains intellectuels britanniques. Peter Jay, un journaliste économique néo-libéral qui influença la politique monétaire britannique des années 70, nous en offre une belle démonstration dans une chroniquedu Times.

Après les victoires sur l'Invincible Armada, Louis XIV, Napoléon et Hitler, une partie de l'élite britannique a finalement cédé l'indépendance ardemment défendue au déspotisme qui sévit sur le continent européen, écrit-il. Et "aujourd'hui, la plupart des lois britanniques sont faites à Bruxelles". Que s'est-il passé dans ce royaume fier, combatif et victorieux ?

"Une pathologie de l'esprit, une sorte de démence de groupe a progressivement aveuglé une grande partie de l'élite, qui aurait pourtant dû être avertie sur la nature de la trahison qu'ils étaient en train de perpétrer. Ils étaient, dans la plupart des cas, capables et sincères. Ils n'ont juste pas compris ce qu'ils faisaient".

"Ceux qui après 1950 ont travaillé pour livrer le pays aux mains d'un pouvoir étranger n'étaient pas individuellement mauvais ou viles, mais il y avait quelque chose de diabolique dans leur arrogance combinée aux sales petits tours déployés par l'Establishment europhile contre toute personne refusant de professer leur nouvelle foi."

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Au départ, il y avait le mythe, cher à Helmut Kohl de la création d'une union pour empêcher que ne se répète l'Histoire d'avant 1945. Mais la vraie inspiration était tout autre, assure Peter Jay : Jean Monnet "le grand diplomate et technocrate français" a oeuvré, sous couvert de la création d'un marché commun, pour redonner à la France, alors humiliée, le prestige dont elle jouissait autrefois.

Pour cela, la France devait devenir une superpuissance avec une économie suffisante pour menacer la seule puissance militaire qui avait du poids diplomatique, à savoir le Royaume-Uni. L'Europe serait donc l'instrument de l'ambition française, façonnée pour être in fine dirigée et guidée par "des responsables politiques et diplomates raffinés comme seule la France sait en produire".

Tout cela devait se faire par détours, en tournant notamment autour de l'idée d'une union politique complète jusqu'à ce que, finalement, les murs du vieux sentiment nationaliste démodé s'effondre en faveur d'une nouvelle unité nationale, européenne cette fois. Soit, explique Peter Jay, un projet choquant, réactionnaire et dangereux qui faisait fi des leçons tirées un demi-siècle auparavant.

Car à son sens, l'Europe telle qu'elle est aujourd'hui, s'insère dans "une longue tradition européenne de nationalisme, de protectionnisme et de pouvoirs politiques conçus pour promouvoir l'ascendant de la nation élue. (...) Cette Europe avec sa grande zone monétaire est bonapartiste, bien qu'elle ait un visage du XXe siècle. Le dysfonctionnement même de l'euro représentait son principal attrait pour les Bonapartistes. Ils pouvaient ainsi s'appuyer sur lui en toute sécurité pour provoquer des crises aiguës momentanées qui fourniraient le contexte politique permettant de justifier plus de centralisation européenne, portant toujours plus haut un seul pays, appelez-le Troisième Empire ou Quatrième Reich."

Peter Jay étaye son analyse par l'attitude face à la demande d'adhésion de la Turquie :

"Pour quelqu'un ayant de vraies inspirations libérales, l'adhésion de la Turquie serait la démonstration bienvenue que l'Europe ne se définie pas par la race, la croyance ou la géographie. Mais pour un euro-nationaliste (ou un bâtisseur français du Troisème Empire ) cette adhésion serait une dilution dangereuse de l'Europe en tant que puissance mondiale homogène, ethnique, religieuse géographique et culturelle. "

C.M.

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