La Grèce prend sa retraite

Pour éviter le risque d'une sortie de la zone euro, Athènes a consenti à de nouvelles mesures d’austérité juste avant une réunion de l’Eurogroupe. Une alternative que les politiciens locaux n’ont pas su éviter, regrette To Vima.

Publié le 9 février 2012 à 14:53

Dans les moments dramatiques que nous vivons depuis hier après midi [8 février] et durant toute la nuit, la Grèce n’a pas pu satisfaire, comme espéré, le chantage imposé par ses créanciers.

A priori, les partis ont dit "oui à tout" sauf à la baisse des retraites. Sur ce point, les créanciers semblent donner du temps pour rééquilibrer les objectifs, mais dans les faits, l’ultimatum de la troïka a été accepté.

La Grèce s’est battue pour les retraites et dans ce chaos, cela à de la valeur. Mais le chaos est là : la récession supplémentaire que vont apporter les nouvelles mesures n’a pas été comptabilisée.

Alors que les recettes de janvier ont plongé, les objectifs structurels [de réduction du déficit] ne sont pas atteints, de même que la tolérance sociale, la paix sociale et le développement sont absents.

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Notre présence dans la monnaie unique reste, malgré tout, aussi menacée qu'avant, si ce n'est plus. Rien n'est garanti, tout simplement parce que tout ce qui va arriver ne servira pas ce but, rester dans l'euro, mais ira exclusivement au remboursement de la dette.

Et c'est cela le talon d'Achille de ces négociations. Ainsi, en réalité, la Grèce elle-même prend sa retraite : après les signatures des chefs de partis en faveur l'austérité, et si tout cela est voté au Parlement, notre souveraineté nationale perdra de son sens.

Comme un entre-deux guerres

Il devient possible de nous infliger n'importe quelle politique et les évolutions politiques, quelles qu’elles soient, nous conduisent vers une impasse, avec une explosion de la concurrence. Non pas dans l'économie grecque, mais entre la société et sa représentation politique, entre la recession et l'espoir de reprise qui est en train de mourir. Le pays semble se diriger vers une période semblable à un entre-deux guerres, ce qui amenuise les espoirs de "voir la lumière au bout du tunnel".

Sans avoir réussi, comme on peut l'entendre, la moindre réforme nationale. Nous avons abouti à la destruction de notre place dans la monnaie unique, et cela va continuer, car les restrictions vont s’alourdir plutôt que s'alléger.

Rester quoiqu’il arrive dans l'euro pour ne pas détruire la société. Voilà la seule chose que nos dirigeants auraient dû négocier. Et c'est la seule chose que n'a pas mentionnée le ministre des Finances en partance pour la réunion de l'Eurogroupe [le 9 février].

"Je pars pour Bruxelles en espérant que la réunion de l'Eurogroupe se tienne et qu'une décision positive en découle par rapport au programme [d’aide financière]. La survie du pays ces prochaines années dépend de ce financement et de la réduction ou non de la dette. De cela dépend la place du pays dans la zone euro et même de sa place en Europe". Mais le ministre des Finances est le seul à dire cela. Et la réalité montre le contraire.

Négociations

Accord de dernière minute et appel à la grève

Les partis qui soutiennent le Premier ministre Lucas Papadémos ont conclu un accord à l’arraché sur les nouvelles mesures d’austérité demandées par la troïka (UE, BCE, FMI) pour approuver un deuxième plan d’aides, rapporte le Financial Times. D’une valeur de 130 milliards d’euros il est censé éviter à Athènes le défaut de paiement. Le feu vert à été donné quelques heures avant une réunion cruciale des ministres des Finances des pays de la zone euro, à Bruxelles, qui devaient justement examiner le plan grec. Ce dernier est jugé injuste par les principaux syndicats, qui ont lancé un appel à une grève de deux jours à partir du 10 février.

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