Des manifestants palestiniens montent sur le mur de séparation israélien près de la colonie juive de Hashmonaim, Cisjordanie

Le gel des financements refroidit le processus de paix

La décision européenne de suspendre le financement des institutions israéliennes situées dans les territoires palestiniens occupés est absurde, car elle ne tient pas compte de la complexité de la situation, et elle n’apportera pas la paix, estime le Jerusalem Post.

Publié le 19 juillet 2013 à 15:20
Des manifestants palestiniens montent sur le mur de séparation israélien près de la colonie juive de Hashmonaim, Cisjordanie

A quoi pouvait-donc bien penser l’Union européenne le jour où elle a décidé d’émettre des recommandations qui, si elles étaient transposées dans la pratique, mettraient un point final à toutes les subventions, prix et autres "instruments financiers" de Bruxelles en faveur des centres de recherche et développement, des sociétés high-tech, des établissements universitaires et d’autres sociétés et structures situés au-delà de la ligne de démarcation datant de l’armistice de 1949 ? Bien qu’elle ait essayé de présenter cette initiative comme une simple "transposition des règles du jeu par écrit", selon les termes d’un haut fonctionnaire de Bruxelles, l’UE ne pouvait ignorer les répercussions de la mise en pratique de considérations déconnectées des réalités du terrain.

Comme l’a fait observer le correspondant diplomatique du Jerusalem Post, Herb Keinon, ces nouvelles recommandations "n’ouvrent non pas la porte, mais un boulevard à la pénalisation des établissements israéliens implantés à l’intérieur des frontières d’avant 1967 et entretenant des activités commerciales au-delà de la Ligne verte".

Non seulement les Européens refuseront dorénavant tout financement et toute coopération avec les établissements israéliens implantés ou opérant au-delà de la ligne d’armistice de 1949, mais ils exigeront également que tous les futurs accords entre Israël et l’UE comportent une clause stipulant qu’Israël accepte la position de l’UE selon laquelle aucun des territoires situés au-delà de la Ligne verte n’appartient à Israël. Des sites de la vieille ville de Jérusalem, comme le mur des Lamentations, le lieu le plus sacré du judaïsme, seraient ainsi reconnus comme des territoires n’appartenant pas à Israël.

Des questions complexes

[[La position européenne est absurde et ne tient aucunement compte de la portée religieuse ou de la démographie]] – alors que certaines déclarations palestiniennes reconnaissent que de nombreux quartiers juifs construits après 1967 à Jérusalem sont voués à y rester. Elle est d’autant plus insoutenable qu’elle considère le plateau du Golan comme un territoire "occupé" illégalement par Israël.

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Il va de soi que les Européens sont au courant des troubles qui agitent la Syrie et du fait que le plateau du Golan ne pourrait être restitué à aucun Etat responsable. Au vu de l’anarchie qui règne en Syrie, comment expliquer le point de vue des Européens, qui jugent qu’Israël doit être boycottée pour son refus de quitter certaines zones ou pour les opérations de maintien de l’ordre qu’elle y effectue, alors que ces territoires sont tombés entre les mains israéliennes à l’époque où le pays se défendait contre une offensive conjuguée des armées jordanienne, égyptienne et syrienne ?

La situation n’est guère différente de celle qui règne en Cisjordanie. A qui Israël est-elle donc censée "rendre" la Cisjordanie ? La hiérarchie palestinienne est divisée entre le Hamas, qui aspire à la destruction de l’Etat hébreu, quand bien même Israël se cantonnerait aux frontières d’avant 1967, et l’Autorité palestinienne, contrôlée par le Fatah, qui pèche par manque de légitimité démocratique (les élections présidentielles auraient dû avoir lieu en 2009), refuse d’entamer des négociations directes sans conditions préalables et persiste à considérer les villes situées en-deçà de la Ligne verte, dont Jaffa et Acre, comme faisant partie intégrante d’un futur Etat palestinien.

Les Palestiniens ont une bonne part de responsabilité dans l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations en vue d’une solution à deux Etats. Et à en juger par le traitement que réserve l’Autorité palestinienne aux journalistes palestiniens, par son musellement brutal de la dissidence et par sa corruption, il est peu probable qu’un Etat palestinien soit à même de protéger les droits de l’homme les plus fondamentaux. L’UE devrait au moins reconnaître la complexité de ces questions et se garder de lancer des initiatives unilatérales dirigées contre l’une ou l’autre des parties au conflit.

Des sanctions contreproductives

A l’heure où Israël et les Palestiniens daignent une nouvelle fois faire preuve de bonne volonté et se montrent disposés à s’asseoir à la table des négociations, avec la bénédiction enthousiaste de la Ligue arabe, cette pression de l’UE sur Israël ne fera pas avancer les pourparlers.

Nous comprenons que les dirigeants politiques de nombreux pays européens subissent des pressions de la part d’une population musulmane à croissance rapide, qui s’affirme et se radicalise de plus en plus, et d’autres groupes anti-sionistes afin qu’ils durcissent leur position à l’égard d’Israël. Mais le fait de récompenser l’intransigeance palestinienne par une intensification des pressions européennes sur Israël aura pour seul effet d’exacerber cette intransigeance.

Pourquoi s’asseoir à la table des négociations et s’abaisser à des concessions douloureuses si la pression internationale reste focalisée sur le seul Etat d’Israël ? Le président Shimon Peres, en vieux routier des pourparlers de paix, est parfaitement conscient de la nature potentiellement contreproductive des sanctions européennes.
"Ne prenez pas de sanctions irresponsables qui nuiront au processus de paix", a-t-il mis en garde l’UE. "Ces sujets sont épineux et complexes : ajournez votre décision. Faites de la paix la priorité, et laissez-lui une chance, car votre décision pourrait déboucher sur une nouvelle crise dans la région". Sages paroles.

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