Le nouveau maillon faible

Publié le 21 janvier 2011

Le dernier maillon faible de l’Europe n'est ni le Portugal, ni la Grèce, ni l'Irlande, ni même la Belgique sans tête, mais la France. Car le discrédit jeté depuis une semaine sur la diplomatie française apporte de l’eau au moulin à la thèse du déclin européen. "Minable" a en effet été le qualificatif largement employé sur la Toile et dans la presse pour désigner l’attitude du pays des fameux "droits de l'homme" face à la révolution tunisienne. Si l'un des enjeux de la diplomatie est de refléter la grandeur d'un pays, l'énorme raté du Quai d'Orsay qui, complètement dépassé par les évènements, a choisi dans un premier temps d'appliquer à la lettre la vieille realpolitik et soutenir "l'ami Ben Ali", a de quoi laisser perplexe.

Le raté est d'autant plus gros que la révolution ne se déroulait pas dans une petite dictature oubliée du fin fond de l'Afrique mais en Tunisie, ancien protectorat français. Un pays avec lequel la France a tissé des liens historiques, économiques et culturels extrêmement étroits (la France accueille la plus importante communauté tunisienne immigrée). Or tous ces réseaux n’ont pas permis de prévenir l'Elysée – ou peut être n’a-t-on pas voulu les entendre comme le rapportent plusieurs sources citées par la presse-[lire notamment l'édition du 22 janvier du Monde] de la réalité des évènements sur le terrain.

Alain Juppé, ministre de la Défense, a donné une explication très claire à ce gros cafouillage : "Pour tous, Européens et Américains, la Tunisie connaissait un développement économique important et avait toutes les apparences de la stabilité politique. Une classe moyenne émergeait, le statut de la femme s'améliorait, un effort important était porté sur l'éducation. Sans doute avons-nous sous-estimé le degré d'exaspération de l'opinion publique face à un régime policier et dictatorial." Tout le problème se tient peut être dans cette dernière phrase : les élites dirigeantes oublient trop souvent de véritablement considérer les peuples. Dans le cas de la Tunisie, la France, obnubilée par la peur de l’islamisme, a oublié de regarder les conditions de vie des Tunisiens et leurs aspirations.

L’UE, quant à elle, a attendu le 17 janvier, soit trois jours après la fuite de Ben Ali, pour proposer son aide à un processus démocratique se déroulant à ses portes, chez l'un de ses partenaires les plus proches, quasiment chez elle. Et la révolution tunisienne a été l'occasion de rappeller que c’est "à l’ombre de l’UE que l’autoritarisme tunisien a perduré", selon l’expression du professeur Michel Camau.

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Après avoir pris la décision, jeudi 20 janvier, de geler les avoirs de l’ancien président et de son entourage, l’UE pourrait marquer des points en s’engageant concrètement et de façon conséquente en faveur de la démocratisation. Et de démontrer qu'elle pense en premier lieu aux conditions de vie des peuples qui font les pays plutôt qu'à leurs économies. Ceci vaut pour la Tunisie et le reste du Maghreb mais aussi pour tous les pays de l’UE empêtrés dans la crise de la dette et dont les peuples subissent en première ligne la vague d’austérité : les Portugais, les Grecs et les Irlandais.

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