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Son nom est peu connu. Le Suédois Gottfried Svartholm Warg a pourtant piraté les fichiers censés être ultra-protégés de l’espace Schengen. Soutenu par WikiLeaks, il est aujourd’hui en prison au Danemark.

Publié le 16 décembre 2013 à 17:07

Vous avez certainement dû entendre parler des cas Assange-Wikileaks et Snowden. Mais il est presque certain que le nom de Gottfried Svartholm Warg ne vous dira rien. Dommage, car il n'y a pas beaucoup de jeunes de 29 ans qui puissent se vanter d'avoir provoqué une réunion d'urgence de la Commission européenne, sans compter l'activation des protocoles d'urgence prévus en cas d'intrusion informatique majeure, susceptible de mettre en péril les systèmes européens de sécurité.

Warg a réussi à craquer [en 2012] la sécurité de la base de données de la police danoise et, à travers elle, il a accédé et téléchargé une partie du fichier super-protégé de l'espace Schengen : entre 1,2 et 1,6 million de données ultra-sensibles il est en prison pour deux ans depuis le 20 juin 2013. 28 pays européens ont été touchés par le plus grand acte de piratage informatique de l'histoire de l'UE.

Né le 17 octobre 1984, le Suédois était connu des services de sécurité informatique du monde entier, car copropriétaire de la compagnie PRQ et, en cette qualité, co-fondateur du célèbre site Pit Torrent, appelé The Pirate Bay (avec ses amis, Frederik Neij et Peter Sunde).
Il l’était aussi pour avoir créé un site qui a provoqué instantanément un énorme scandale aux Etats-Unis, America’s Dumbest Soldiers, aujourd'hui suspendu, qui donnait pour la première fois la liste complète des soldats américains morts en Irak et demandait aux utilisateurs de noter la bêtise des soldats en fonction de la manière dont ils étaient morts...

Arrêté à Phnom Penh

[[Sous le pseudonyme d’Anakata, il a réalisé ensuite Hypercube, un logiciel "open source" utilisé pour faire fonctionner le site The Pirate Bay]], qui a enregistré plus de 40 millions de visites... Les trois, ainsi que Carl Lunstrom, l'opérateur de Pirate Bay, ont été poursuivis par des sociétés américaines pour violation de la propriété intellectuelle et condamnés par les juges à Stockholm, le 17 avril 2009. Svartholm a réussi alors à se réfugier au Cambodge.

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Il a été arrêté en 2012 à son domicile de Phnom Penh et extradé vers la Suède, où les enquêteurs le soupçonnaient aussi d'opérations illégales dans les fichiers des contribuables suédois. La surprise est venue avec l'analyse de l'ordinateur de Gottfried, lorsque furent identifiées des millions de données personnelles confidentielles appartenant à la police danoise [Gottfrid Svartholm Warg a été extradé au Danemark en novembre].

Au fil de l'enquête, on a découvert que, entre le 7 avril et le 27 août 2012, le hacker suédois a réussi à pirater les fichiers informatiques de la société CSC, filiale d'une multinationale américaine qui gère les bases de données d'entreprises privées et de l'administration danoise, y compris l'intégralité des fichiers sensibles de sécurité. Le problème étant que, en accédant les fichiers danois, Gottfrid a réussi à entrer dans le grand fichier de la plate-forme centrale appartenant au Système d'Information Schengen (SIS) - situé quelque part près de Luxembourg - qui stocke près de 40 millions de données, mises à jour en permanence par les polices de chaque Etat membre.

En juin 2013, les autorités danoises ont alerté leurs partenaires européens et la Commission européenne, qui a convoqué une réunion d'urgence à laquelle ont participé des représentants des polices européennes. "Il était nécessaire de rétablir la confiance mutuelle. Chaque Etat membre a reçu un questionnaire d'auto-évaluation afin de s'assurer qu'un niveau optimal de sécurité soit maintenu", a déclaré Michele Cercone, porte-parole de la Commission européenne sur les Affaires intérieures. Un scandale en entraine un autre et génère bon nombre de questions dramatiques et extrêmement embarrassantes.

Questions embarrassantes

Tout d'abord, il est intéressant que ce soit une filiale d'une multinationale américaine qui gère les données, du moins en théorie, confidentielles, de la police européenne et que, théoriquement, elle soit donc parfaitement en mesure d'accéder en toute légalité au système Schengen... Deuxièmement, personne ne semble savoir si les données récupérées par le hacker suédois ont été ou non transmises plus loin et qui ont pu être les bénéficiaires éventuels de ce type d'informations.

Mais, au-delà du problème strictement technique, il y a un problème de gestion de la politique de la sécurité européenne, qui se retrouve dépendante vis-à-vis de sociétés américaines, et ce en plein scandale Assange-Snowden. Assange qui prend publiquement la défense de Gottfrid, annonçant que le jeune suédois a été l'un des principaux fournisseurs du réseau WikiLeaks, appelant pour qu'on lui reconnaisse le statut de "prisonnier politique".

Un nouvel épisode d'une bataille dans laquelle, assurément, nous attendent encore bon nombre de révélations sur les dessous d'un monde où l'idée de sécurité semble devenir une illusion de plus en plus éphémère.

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