L'issue finale se rapproche, nous assurent les journaux en Une : le sommet européen du 9 décembre devrait selon les décisions présentées, aller vers plus d'intégration ou sonner la fin de la zone euro telle que nous la connaissons aujourd'hui. Les combattants du libre-échangisme européen verront peut être leur espoir se réaliser : Emmanuel Todd, historien, anthropologue et démographe, est de ceux-là.
Dans une longue interview donnée à Mediapart qui inaugure ainsi une série d'entretiens d'intellectuels sur la campagne électorale française, il explique que la crise et la fin éventuelle de l'euro constituent une formidable occasion pour "la gauche de redevenir la gauche".
Je m'attends à un choc frontal sur le plan idéologique, avec une gauche obligée de s'assumer du fait de la crise, de l'effondrement de la légitimité libre-échangiste "européiste", ou de la faillite des classes dirigeantes. Cette gauche, contrainte d'être plus offensive, devra désigner le véritable ennemi: la nouvelle oligarchie, le nouveau système de pouvoir, les nouveaux rapports de classe. [...] Sur la question des banques et de la dette publique – sans oublier l'euro –, il faudra une prise de contrôle par l'Etat pour éviter la panique. Or c'est précisément là que gît le subconscient de la gauche...
Une idée contraire à celle deBernard Guetta qui, hier dans Libération déplorait l'inaction de la gauche face à la crise :
Que fait, dans ce drame, la gauche européenne ? Elle se tait. On ne l’entend que vaguement grogner alors même que la désignation de la Commission par la majorité parlementaire européenne - sa transformation en un gouvernement de l’Europe - figure à son programme. Au bal de l’irresponsabilité européenne, la gauche fait tapisserie car elle n’ose pas entrer dans la danse.
Emmanuel Todd explique par ailleurs la fracture qui sépare deux perceptions de l'Europe et de l'euro, l'univers anglo-saxon et celui continental :
Chez les Anglo-Saxons, les libertés individuelles sont chevillées au corps. Mais en Europe continentale, existent des manifestations d'autorité politique et de bureaucratisation. Dans la zone euro, ou plutôt dans ses parties faibles (c'est-à-dire toute la zone sauf l'Allemagne!), nous sommes confrontés à une forme d'hybridation: des responsables sont nommés sur pression de Berlin pour relever les finances publiques, après avoir travaillé pour Goldman Sachs. Ils se retrouvent à l'intersection des deux domaines de domination.
Le protectionnisme européen qui permettrait de protéger des méfaits de la mondialisation, est à son sens la clé pour résoudre la crise :
Je suis passionné, culturellement, par l'Europe. Or la monnaie unique, dont on voit qu'elle produit actuellement une exaspération sur le continent, était, dès le départ, la négation de l'Europe. J'étais donc contre au départ. J'avais fini par l'accepter, persuadé qu'elle ne pouvait être sauvée que si l'Europe passait au protectionnisme. […] Ma préférence irait vers un sauvetage de l'euro par le protectionnisme européen. Il faudrait donc que la France ait le courage de négocier cette solution avec l'Allemagne. Il faut créer les conditions d'une remontée de la demande sur l'ensemble d'un continent, où l'on cesserait de se jeter les uns sur les autres. L'Europe redeviendrait alors ce qu'elle a cessé d'être: un atout. Ce qui apparaît aujourd'hui comme une faiblesse déstructurante, la diversité anthropologique, referait alors sa force dans un contexte global protégé.
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