Rome, une parodie du sommet du G8 par les associations Oxfam International et Ucodep. Photo : Ucodep.

Les derniers tours de piste du G8

Mal organisé par un Silvio Berlusconi discrédité, le sommet des pays les plus industrialisés qui s'ouvre à L'Aquila, le 8 juillet, ressemble à la fin d'une époque. Pour la presse européenne, l'heure est venue de penser à une nouvelle gouvernance mondiale.

Publié le 8 juillet 2009 à 15:32
Rome, une parodie du sommet du G8 par les associations Oxfam International et Ucodep. Photo : Ucodep.

Officiellement, tout va pour le mieux dans le meilleur des G8 possibles. "En réalité, l'optimisme affiché par le Premier ministre italien n'est qu'un "optimisme de façade", écrit le Corriere della Sera. "Berlusconi aborde le sommet après des mois de scandale sur sa vie privée. Son ambition de profiter de l'occasion pour se retailler un costume de médiateur semble vaine. Et plusieurs des participants au sommet, comme la chancelière allemande Angela Merkel, ont déclaré préférer un G20 élargi à la Chine et à l'Inde". Le Guardian, qui dénonce un G8 de mascarade et compare Silvio Berlusconi à "un Benny Hill bas de gamme", affirme que "l'Italie pourrait subir nouvelle humiliation en étant exclue du G8 et remplacée par l'Espagne".

Cette hypothèse fait l'objet de nombreux échos dans la presse espagnole. [El Mundo](http:// http://www.elmundo.es/diario/espana/17301471.html) souligne que sur l'idée, soutenue par Barack Obama, d'un nouveau pacte pour assurer la sécurité alimentaire mondiale, l'Espagne s'est montrée plus réactive que l'Italie. "Cette circonstance, jointe aux aléas dans la préparation de la réunion (...) a donné du crédit aux voix qui, au sein du G8, suggèrent d´associer l´Espagne". Cette dernière dépasse l'Italie en termes de PIB par habitant et consacre une part plus élevée de son PIB à l´aide au développement. "Mais le Guardian reconnaît que l'hypothèse de l'entrée de l'Espagne dans le G8 paraît peu probable, nuance Público. En cas de remplacement de l´Italie, les Etats-Unis préféreraient, une économie des pays émergents."

Silvio Berlusconi a lui-même délégitimé le G8

Au-delà des critiques sur l'organisation hasardeuse du G8 et le leadership dévoyé du Premier ministre italien, c'est l'utilité voire l'existence même de ce sommet qui est remise en cause dans la presse européenne. Dans le Guardian, Larry Elliot estime que Silvio Berlusconi a lui même contribué à délégitimer le G8. Il a réclamé directement une aide des pays étrangers pour la reconstruction de L’Aquila sans passer par les organismes internationaux. Et dans le même temps, il a réduit de 56% la contribution italienne à l’aide en direction des pays en voie de développement. Ainsi, Berlusconi a montré que le G8 ne sert plus à rien.

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Dans un entretien au Monde, le président brésilien Luiz Ignacio da Silva, juge que "le sommet du G8 n'a plus de raison d'être". Censé représenter les pays les plus industrialisés (Allemagne, Canada, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Italie, Japon et Russie), il n'est en réalité plus représentatif de la scène économique actuelle et n'a pas de légitimité à discuter des moyens à mettre en œuvre pour faire face à la crise mondiale. Lula demande donc à ce que G8 soit remplacé par le G20, qui doit, selon lui, devenir une sorte d'institution permanente et impliquer aussi les ministres de l'Economie, les représentants des banques centrales, des ministres des Affaires étrangères. "La démocratie a besoin de forums multilatéraux renforcés", affirme Lula.

En Allemagne, la Tageszeitungest "consternée" de constater que depuis la première réunion des grandes nations industrielles, en 1975, "on n’a pas vraiment avancé". "Aujourd’hui comme hier, une crise systémique du capitalisme nous menace". Et ses causes sont comparables : crise économique, hausse du prix du pétrole, monnaies instables, croissance limitée. "La crise latente de la monnaie ne figure même pas à l’ordre du jour, bien que le prix Nobel Joseph Stiglitz ait recommandé de remplacer le dollar comme monnaie de référence." Face à la spéculation sur les devises qui continue de plus belle, l’économiste américain propose de calmer les marchés par un Bretton Woods II. Mais une telle proposition n’intéresse que l’Inde, la Chine ou le Brésil, les pays "invités" du G8. "Il y a ainsi un danger que ce crash ne soit que le crash avant le prochain crash", conclut la Tageszeitung.

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