L’Europe et Poutine, 2.0

Publié le 2 mars 2012 à 14:29

La Guerre froide a été reléguée aux livres d'histoire, et l'URSS, disparue il y a 21 ans, fait l'objet d’intéressantes expositions dans les musées... Les pays du bloc communiste n'ont plus rien à voir avec leur ennemi d’antan et, en 2012, on peut dire que la Russie ne menace plus personne. D'où un certain mépris de la part des Européens de l’Ouest, selon lesquels leurs concitoyens de l’Est souffrent de paranoïa, d'un sentiment de persécution face aux Russes.

Pourtant, à la veille d'une élection présidentielle russe qui devrait voir sans surprise le Premier ministre Vladimir Poutine revenir au Kremlin, le président de la commission des Affaires européennes du parlement estonien, Taavi Roivas, expliquait lors d'un récent colloque“qu’une des raisons qui ont poussé les Estoniens à embrasser avec tant d’enthousiasme l’euro, en 2011, a été le fait qu'ils échappaient ainsi un peu plus à l'emprise des Russes".

Qu’on le veuille ou non, la Russie est pour l’Europe un partenaire incontournable et qu’il ne faut pas sous-estimer. Premier fournisseur de gaz de l’UE, il s’apprête à voir son influence accrue après l’entrée en service des gazoducs South Stream et Nord Stream. C’est le pays d’origine de plusieurs fortunes qui ont investi le business européen (football, casinos, médias, etc.). Et c’est l’un des créanciers de l'UE... Le retour probable de Poutine aux commandes ne fera que renforcer cela : Vladimir Vladimirovitch aura les moyens de réaliser certains des projets qu’il a annoncés ces dernières années, comme la création d'une union eurasiatique d’ici 2015, la libéralisation des visas pour ses concitoyens ou le réarmement de la Russie... Il y a fort à croire que rien ne se fera sans Moscou dans les années à venir. Ni au sein de l’UE, ni dans son entourage proche. Le cas de la Syrie, où une résolution ferme de l’ONU s’est heurtée au veto sino-russe, est emblématique.

La tactique du Kremlin est de “diviser pour mieux règner”, et les Européens participent lorsqu’ils font prévaloir par exemple leurs intérêts nationaux en matière d’énergie sur les intérêts communautaires ou lorsqu’ils répondent dans le désordre aux menaces militaires réelles ou supposées de Moscou.

"La Russie est une partie inaliénable et organique de l'Europe et de la civilisation européenne. Nos citoyens se considèrent comme Européens […]. C'est le motif pour lequel la Russie propose la création d'un espace économique et humanitaire commun, de l'Atlantique au Pacifique — une communauté nommée l'Union de l'Europe", a annoncé fin février Poutine, dans une tribune publiée en anglais par Ria Novosti.

Face à de telles ambitions, l’Europe ferait mieux d’abandonner la méfiance et le dédain et considérer enfin la Russie non comme une menace mais comme un partenaire avec lequel discuter d’égal à égal.

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