Idées Partenariat oriental

L’UE n’a pas la tête à l’Est

Le sommet du Partenariat oriental, projet porté par la Pologne se tient à Varsovie. Mais l'Union européenne, enfoncée dans la crise, n'est pas très mobilisée. Et les pays partenaires, eux, naviguent quelque part entre dictature et démocratie.

Publié le 29 septembre 2011 à 16:18

Le Partenariat oriental est un voisinage privilégié de l'UE : le libre-échange, des visas supprimés ou moins chers, des bourses pour les étudiants, un soutien aux associations et aux fondations. En ces derniers jours de septembre, exactement à mi-chemin de la présidence polonaise de l'UE et une semaine avant les élections législatives en Pologne, les dirigeants des 27 Etats membres et des six de ses voisins de l'Estse retrouvent à Varsovie pour relancer le Partenariat.

Pour l'instant les responsables bruxellois ont réussi à soigneusement envelopper le projet dans des formules de coopération, des initiatives phares, des activités, des piliers, des zones, et d'autres plates-formes thématiques, le tout consolidé par différents fonds, d'une valeur de plusieurs milliards d'euros. Toute cette mécanique n'a pas démarré pour autant. Et rien n’indique que le sommet de Varsovie lui donnera un nouvel élan. A qui la faute ? L'UE y est pour beaucoup.

Des problèmes bien plus urgents à régler

Le Partenariat a vu le jour il y a deux ans à Prague, mais les dirigeants européens y étaient venus avant tout pour la photo avec le nouveau président américain Barack Obama, invité d'honneur du sommet. Les voisins orientaux de l'UE n'ont apparu qu'accessoirement dans les discussions davantage orientées sur les relations de l'Europe avec l'Amérique et la Russie, sur l'effondrement des marchés financiers, sur les guerres en Irak et en Afghanistan, et sur le changement climatique. Par ailleurs, les dirigeants des trois pays qui soutiennent l'initiative concurrentielle d'un voisinage privilégié avec les pays de la Méditerranée, à savoir la France, l'Italie, et l'Espagne, n'ont pas mis le pied à Hradčany. Il risque d’y avoir aussi des absents lors de la réunion à Varsovie.

Les gouvernements de la plupart des Etats membres ont des problèmes bien plus urgents à régler. La zone euro est en crise, la Grèce se trouve au bord de la faillite, les incertitudes demeurent quant aux suites du printemps arabe. Les partenaires ne sont pas fraîchement plus brillants. En Biélorussie, après une courte trêve Loukachenko a remis à l'ordre du jour les méthodes de Spetsnaz (terme générique désignant les forces spéciales russes) pour parler avec l'opposition et a rompu avec l'Europe. En Azerbaïdjan, Ilham Aliev, s'est assuré une présidence à vie, dont il a hérité de son père. L'Arménie suit le chemin du poutinisme. En Géorgie, Saakachvili a dilapidé les acquis démocratiques de la révolution des roses. En Ukraine, Ioulia Timochenko est en détention à la merci de juges dépendants du président pro-russe. La Moldavie a beau d'être la meilleure élève du groupe, elle traîne derrière elle le conflit en Transnistrie et tous les maux d'une jeune démocratie avec, au premier chef, la corruption généralisée.

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Un manque d'intérêt réel

Dans son voisinage oriental, l'Union est en concurrence croissante avec d'autre pays. Et elle est bien la seule à conditionner ses aides, ou certains privilèges, à l'ouverture des marchés, ou à l'adhésion aux valeurs européennes et au respect de la démocratie et des droits de l'homme. Bien évidemment, la Russie, la Turquie, l'Iran et la Chine n'ont pas les mêmes exigences. D'autre part, le peu d'intérêt que les Etats-Unis accordent à cette partie du monde réduit la motivation des pays de la région à établir des liens étroits avec l'Occident, contrairement au caractère prioritaire que lui accordaient la Pologne, la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie ou les républiques baltes au début de leur transformation.

En Ukraine, le soutien à l'adhésion à l'Union est passé de 65 % en 2002 à 51 % actuellement. En partant de Minsk, Moscou a, depuis toujours, été plus proche que Bruxelles ou Berlin ; la nouveauté, c'est que Pékin y est désormais plus proche que jamais. En Arménie et en Azerbaïdjan, personne, à l'exception d'une poignée d'intellectuels pro-occidentaux, ne pense à l'adhésion à l'Union européenne. Dans le Caucase, la plupart des voitures d'occasion proviennent de Dubaï, pas d'Allemagne. Et le modèle de prospérité le plus connu et convoité, est justement celui de Dubaï, tandis que l'Europe et ses valeurs relèvent de l'abstraction. Les six partenaires portent un regard de plus en plus critique sur l'Union et sur son offre. L'ouverture du commerce représente une menace pour l'agriculture locale, dépourvue de généreuses subventions. Question démocratie, Loukachenko et l'opposition caucasienne accusent d'une seule voix l'Union d'utiliser deux poids, deux mesures : l'Azerbaïdjan riche en pétrole et gaz, n'est pas inquiété, tandis que la Biélorussie, bien plus pauvre, est sanctionnée. Pourtant l'opposition à Bakou serait plus à plaindre que celle de Minsk.

Pour réanimer le projet du Partenariat, l'Union devrait envoyer un vrai signal aux populations à l'Est, par exemple en supprimant les visas pour les citoyens de l'Ukraine, de la Moldavie, et peut-être même de la Russie. La méfiance russe à l'égard du projet a pu être brisée, notamment grâce à la diplomatie polonaise, même si Moscou continue à voir dans les pays couverts par le Partenariat oriental son étranger proche, qui relève de sa zone d'influence exclusive. La réussite du Partenariat ne dépend cependant pas d’un coup de tête de la Russie, mais d'un intérêt réel que l'Union devrait lui apporter. Ce qui manque cruellement aujourd'hui.

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