C Decorde MedMas Une présentation dans le cadre du projet Media Masters. | Photo : ©Constance Decorde

“Vrai ou faux ?” : des ateliers pour apprendre à mieux décrypter l'information 

Dans le cadre du projet européen Media Masters, Voxeurop a organisé deux ateliers d'éducation aux médias auprès d’élèves aux profils très différents. Entre quiz sur l'Union européenne et débats animés, une expérience pédagogique qui souligne l’importance de l’éducation aux médias.

Publié le 9 mars 2026
C Decorde MedMas Une présentation dans le cadre du projet Media Masters. | Photo : ©Constance Decorde

À Lorient (Morbihan), France, le 23 février 2026 à la Faculté des Métiers de Lorient, puis le 12 mars à l'Université Bretagne Sud (UBS), 54 jeunes adultes ont participé à des ateliers conçus pour les aider à mieux naviguer dans un paysage informationnel saturé de fausses informations. Une initiative portée par Voxeurop dans le cadre du projet européen Media Masters.

Deux publics, un même défi

Le choix des deux établissements n'était pas anodin. À la Faculté des Métiers ; une vingtaine d'élèves en alternance, peu habitués aux exercices d'éducation aux médias et à l'information (EMI), et dont la pratique de la presse était plutôt limitée. À l'UBS ; une trentaine d'étudiants en L1 et L2 d'Histoire-Géographie, plus familiers des débats d'actualité.

Cette complémentarité était au cœur de la démarche : évaluer la capacité d'un même outil pédagogique à s'adapter à des niveaux de sensibilisation très différents. Dans les deux cas, l'intérêt a été au rendez-vous, même si les dynamiques de groupe ont varié. À la Faculté des Métiers, c'est la curiosité progressive qui a dominé, l'approche ludique permettant d'embarquer un public peu familier de ces questions. À l'UBS, les échanges ont été d'emblée vifs, les questions nombreuses, les représentations volontiers remises en cause.

Mésinformation, désinformation, malinformation : des nuances importantes

Chaque atelier s'articulait autour de cinq séquences complémentaires. Après un temps d'échange sur les expériences personnelles des participants – qui ont illustré à quel point TikTok et Snapchat constituent désormais des sources d'information majeures pour les jeunes publics, souvent consommées sans recul critique –, une séquence théorique permettait de poser les concepts fondamentaux.

Trois notions ont été distinguées : la mésinformation, une fausse information diffusée sans intention de nuire ; la désinformation, délibérément fabriquée pour manipuler ; et la malinformation, qui utilise des faits réels à des fins malveillantes. Des exemples concrets tirés de l'actualité, dont l’analyse d’un article de fact-checking de Voxeurop sur l’imputation des violences sexuelles en France et en Italie aux populations immigrées , ont permis d'ancrer le débat dans des réalités éditoriales tangibles.

Les participants ont appris qu’une fausse information se propage six fois plus vite qu'une vraie, selon une étude du MIT, et découvert la loi de Brandolini, le principe d'asymétrie du baratin : “La quantité d'énergie nécessaire pour réfuter une bêtise est d'un ordre de grandeur supérieur à celle nécessaire pour la produire”. Il faut beaucoup plus d'énergie pour réfuter une fausse information que pour la créer de toutes pièces. Un constat qui a visiblement marqué les esprits dans les deux groupes.

Le quiz européen : révélateur de mythes tenaces

L'un des moments phares des ateliers a été le quiz “trois mensonges, une vérité” sur l'Union européenne, cible particulière de la désinformation. Les participants devaient identifier la seule affirmation exacte parmi quatre propositions : l'UE voudrait interdire les kebabs, Nintendo répare gratuitement les manettes Switch grâce à l'UE, l'UE voudrait obliger les citoyens à manger des insectes à la place de la viande, 80 % des lois françaises viendraient de l'UE.  

Dans les deux groupes, les résultats ont été majoritairement incorrects – y compris chez les étudiants en Histoire-Géo, pourtant plus avertis. Un constat qui a relancé les débats sur la désinformation institutionnelle et la défiance vis-à-vis des institutions européennes, et qui a confirmé la pertinence de cet angle pédagogique.

Media Masters comme outil de prise de conscience

Les questions du jeu Media Masters ont rempli leur fonction : stimuler la curiosité, créer de la surprise, favoriser les échanges au sein des équipes. Des retours pratiques ont également permis d'identifier un axe d'amélioration : la longueur de certains énoncés les rendait difficiles à lire sur mobile, ralentissant le rythme du jeu. Ces observations nourriront les éventuelles versions ultérieures de l'outil.

Une nécessité citoyenne

Ces ateliers s'inscrivent dans un contexte préoccupant. Selon l'Eurobaromètre Jeunesse 2024 du Parlement européen, 76 % des 16-30 ans déclarent avoir été exposés à de la désinformation au cours de la semaine précédant l’enquête, et 42 % s'informent principalement via les réseaux sociaux. En France, 84 % des personnes interrogées dans une étude Ipsos/Sopra Steria estiment que les fausses informations alimentent les phénomènes de haine et de violence dans la société.

Face à ces chiffres, former les jeunes à l'esprit critique n'est plus une option. En combinant rigueur journalistique, pédagogie active et dimension européenne, le projet Media Masters démontre qu'il est plus que nécessaire de mettre en œuvre des ateliers d’éducation aux médias et à l’information.  

Voxeurop est partenaire du projet européen Media Masters – Enhancing Media Literacy (Grant Agreement n° 101148165), financé par le programme CERV de l'Union européenne. Les ateliers du Work Package 2 ont été animés par Constance Decorde, journaliste et coordinatrice du projet, et Paul Salvanès, CEO de Voxeurop. Le rapport est disponible ici

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