Shopping russe sur la mer Egée

Résidences secondaires, hôtels, terrains et clubs de football : l’argent russe coule à flot, en particulier dans la région de Thessalonique. Une manne qui pourrait financer les privatisations des infrastructures du pays.

Publié le 25 septembre 2012 à 15:18

Le très nationaliste Vladimir Jirinovski peut être satisfait. Sa prophétie, faite à la chute du bloc soviétique, selon laquelle “le jour où les Russes laveront leurs bottes dans les mers chaudes” était proche, semble se réaliser. Pas par le biais des armes de l’empire tsariste – qui irait de la Méditerranée jusqu’à l’océan Indien, comme en rêvait le tsar – mais grâce au tourisme.

L’entrepreneur Sergei Fentorov, de la Chambre de commerce et d’industrie de Moscou, ancien officier de la marine nucléaire, a déjà accosté sur les rivages des mers chaudes. Il propose des maisons de vacances de luxe sur la péninsule de Kassandra [au sud-est de Thessalonique]. Et bien entendu, il n’est pas le seul. Juste en face, la péninsule de Sithonias avec sa vue imprenable sur le Mont Athos, abrite une villa au milieu de 4 hectares de collines de pins, qui appartiendrait au procureur général – et homme le plus puissant de Russie après Vladimir Poutine – Youri Tchaïka.

Une villa et 4 hectares de pins

De plus en plus de riches Russes acquièrent des résidences secondaires en Chalcidique [dans le nord du pays], alors que des entreprises russes achètent des hôtels et investissent dans l’achat de terres. Personne ne sait précisément ce qu’ils ont déjà acheté. Mais il semblerait qu’ils aient déjà acquis un grand complexe hôtelier à Potidea, un autre à Psakoudia, et qu’ils semblent vouloir participer à l’appel d’offre pour l’achat d’un grand hôtel à Gerakini. Dans le même temps, ils construisent dans la région un hôtel de 600 chambres en partenariat avec une société grecque. Des fonds russes sont également impliqués dans la vente et l’achat d’un terrain de 4 200 hectares à Sithonia, pour y construire un hôtel 5 étoiles, le tout en contrôlant la quasi-totalité du flux touristique grandissant en provenance des pays de l’ancien bloc soviétique.

Habituellement, ils sont à l’affût de bonnes affaires pour acheter à des prix inférieurs de 30% à la valeur réelle”, explique Gregori Tasios, le président de l’Union des hôteliers de Chalcidique. “Ils investissent dans la terre, dans des villas secondaires de luxe et des hôtels. Ils ont déjà acquis huit à dix hôtels.

Je ne pense pas qu’il puisse y avoir un autre pays au monde avec lequel la Russie entretienne la même relation qu’avec la Grèce”, explique Terenty Mescheryakov, membre du gouvernement régional de Saint- Petersbourg. C’est pour cette raison qu’ils investissent des capitaux dans l’immobilier partout et pas seulement en Chalcidique.

Des privatisations très convoitées

Les investisseurs russes s’intéressent à des îles comme la Crète, Corfou et Patmos. Ils ont déjà racheté l’équipe de football PAOK Salonique, et s’intéressent à l’OSE, la compagnie nationale des chemins de fer, tandis que des rumeurs circulent sur le possible rachat, dans le cadre des privatisations du pays, d’un port dans le nord de la Grèce, probablement celui de Thessalonique. Une option qui éviterait aux Russes de passer par le détroit des Dardanelles, majoritairement contrôlé par les Turcs [malgré son statut international], et hors de prix.

Si les Russes se penchent massivement sur les investissements et le tourisme dans cette région appelée “la Perle de l’Egée du nord”, elle attire également des ressortissants de pays des Balkans qui se défendent plutôt bien en matière de rachat de maisons, de petits hôtels et de touristes. L’actuel président bulgare, Rossen Plevneliev, par exemple, possède un chalet à Ouranopoli, l’ancien Premier ministre de Macédoine Vlado Boutskofki à Neos Marmaras, et des représentants des gouvernements serbes et albanais, dans les environs. “Nous devons désormais tenir compte du fait que le tourisme, et notre économie en général, ici, dans le nord de la Grèce, vit grâce aux Balkans”, conclut un hôtelier de la région.

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