Actualité Chloé Emmanouilidis sur les tensions en Méditerranée orientale

“Il règne à Chypre un sentiment de lassitude”

Suite à son analyse sur les tensions en Méditerranée orientale, notre correspondante à Chypre a répondu aux questions qu’ont pu lui poser les membres de Voxeurop.

Publié le 10 septembre 2020 à 16:05
Le check-point de Ledra street, à Nicosie. Le check point de Ledra street, à Nicosie.

Suite à son analyse sur les tensions en Méditerranée orientale, notre correspondante à Chypre, Chloé Emmanouilidis, a répondu aux questions qu’ont pu lui poser les membres de Voxeurop. Nous reproduisons ici les morceaux choisis de leur échange. Contribuez vous aussi à notre travail éditorial et à la fabrique d’un journalisme européen indépendant en devenant membre à partir de 4.20€ par mois!

Quel impact les tensions en Méditerranée orientale ont eu sur le processus de paix à Chypre ? (Question de Carlo, Barcelone, Espagne)

Des observateurs sur place font état que le président de la République de Chypre est sous pression pour retourner à la table des négociations après les “élections” cruciales du nouveau leader Chypriote turc qui auront lieu dans la République Turque de Chypre du Nord (RTCN) en octobre. Et ce, alors que les navires militaires turcs se trouvent dans les eaux territoriales de la République de Chypre. La question est de savoir sous quelle forme se présentera la désescalade. C’est pourquoi le Conseil européen du 24 septembre sera déterminant. Ankara s’appuie sur le fait que les chypriotes turcs sont exclus de l’exploitation des ressources naturelles – essentiellement des hydrocarbures – présentes dans la Zone économique exclusive (ZEE) de l’île. De son côté, le leader chypriote turc Mustafa Akinci avait proposé la création d’un fonds sur les hydrocarbures mais le gouvernement chypriote a rejeté sa proposition. En plus des incursions en mer, Ankara resserre la pression sur Nicosie en menaçant une solution à deux Etats, c’est-à-dire, légitimer l’invasion et l’occupation, et en voulant ouvrir la ville de Varosha (quartier fantôme de Famagouste abandonné par ses habitants après l’invasion turque de 1974), c’est à dire la coloniser, contrairement à ce que prévoient les résolutions de l’ONU. Désormais la ZEE, le statut de Varosha et les “élections” en RTCN constituent autant de facteurs déterminants quant au déroulement des négociations pour le processus de paix pour la réunification. 

Quel est le sentiment de la population de Chypre – au Nord comme au Sud de l’île – vis-à-vis de cette situation ? (Question de Romain, Biarritz, France)

Les chypriotes grecs comme les chypriotes turcs sont inquiets. Je pense qu’après 46 ans d’occupation turque et de division de l’île, le sentiment qui règne est la lassitude. Chaque citoyen espère un jour voir l’île réunifiée à nouveau, libre et indépendante dans le cadre d’une fédération bizonale et bicommunautaire. 

On comprend bien grâce à votre article les rôles et stratégies de Paris, Berlin et évidemment Athènes dans la crise actuelle. D’autres pays membres de l’UE sont-ils impliqués, et si oui de quelle façon ? (Question de Mariana, Genève, Suisse)

Bien que l’UE exprime son soutien sans équivoque à la Grèce et à la République de Chypre, on a vu qu’elle peine à se mobiliser de manière unanime face aux incursions turques dans les ZEE grecque et chypriote respectives. Nous avons d’un côté les pays du Sud comme Malte, l’Espagne, l’Italie (qui a un rôle assez ambigu d’ailleurs) qui se sont abstenus d’exprimer leur soutien et qui partagent des intérêts commerciaux avec la Turquie, et de l’autre l’Autriche de Sebastian Kurz fervent défenseur des frontières de l’UE, qui condamne fermement la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan; et ce dernier sait combien l’UE est divisée et en profite.

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Merci pour votre article ! Comment expliquez-vous que la situation à Chypre soit aussi peu couverte dans les médias européens ? (Question de Cécile, Paris, France)

Bonjour Chloé. Comment et pourquoi avez-vous fait le choix de vous installer comme correspondante de presse à Chypre ? (Question de Ruben, Bruxelles, Belgique)

Je vous remercie pour cette question très importante à mes yeux en tant que chypriote d’origine. Après des années dans le métier, j’ai moi-même pu constater que Chypre est très peu couverte dans les grands médias européens. Et pourtant Nicosie est la dernière capitale divisée de l’UE, et elle l’est depuis presque aussi longtemps que ne l’a été Berlin ! Les médias considèrent que Chypre est une petite île et qu’il ne s’y passe pas grand-chose, pourtant sa superficie est supérieure à celle de Singapour. En raison des langues parlées à Chypre, les médias européens considèrent encore aujourd’hui que l’île est une colonie de la Grèce ou de la Turquie, or la République de Chypre est un Etat européen, membre de l’UE. C’est pourquoi je me suis installée à Chypre. À mon sens le terrain est important et je considère qu’il faut être, surtout dans un pays en conflit, la plus objective possible.

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