Idées Invasion de l'Ukraine et solidarité

Ukraine : le champ de bataille où se joue l’avenir de l’Europe

Si les Ukrainiens se battent pour la survie de leur nation, c’est aussi l’avenir de la démocratie en Europe qui est aujourd’hui en jeu. L’élan de solidarité collective sans précédent qui se déploie aux frontières de l’Union Européenne témoigne de la résilience de la société civile face à Vladimir Poutine.

Publié le 21 avril 2022 à 12:35

En février 2022, j’avais prévu de me rendre en Ukraine dans le cadre d’une recherche. Je fais partie d’un projet interdisciplinaire qui s’intéresse aux défis rencontrés par la démocratie libérale ; mon sujet porte sur ce que cela signifie pour l’Ukraine, tant pour ses frontières que pour les pays qui l’entourent. J’étais d’abord censée me rendre à Kharkiv, la deuxième plus grande ville du pays, située à quarante kilomètres de la frontière russe. Je devais ensuite mener des entretiens dans d’autres villes situées dans la même région, près de la frontière. En raison de la pandémie de Covid-19, j’ai été contrainte d’annuler mon voyage, mais j’espérais qu’au début du printemps, les conditions sanitaires me permettraient de repartir.

À la place, j’ai passé les quatre dernières semaines devant mon ordinateur, spectatrice impuissante de la guerre lancée par Vladimir Poutine, une guerre qui plonge des millions de familles ukrainiennes dans la souffrance la plus totale. Kharkiv, ville très largement russophone, qui m’a vu naître ainsi que plusieurs générations de ma famille, me fait de plus en plus penser à Alep. Si, avant la guerre, Kharkiv était un centre culturel et universitaire en pleine expansion, elle s’apparente aujourd’hui à une ville fantôme. Le 8 mars, 600 000 habitants avaient pris le train pour quitter la ville. 


Aujourd’hui, la principale menace, pour l’Ukraine comme pour l’Europe, vient de Russie. En déclarant la guerre à l’Ukraine, Poutine cherche à détruire l’ordre mondial post-guerre froide et les principes fondateurs des sociétés européennes


Alors que je ne peux m’empêcher de regarder ces images horribles – qui ne sont pas sans me rappeler les descriptions de Kharkiv lors de la Seconde guerre mondiale que me faisait ma grand-mère – mes amis et collègues de Kharkiv tentent de me joindre depuis Lviv, Cracovie, Berlin ou d’autres villes près de la frontière entre l’Ukraine et la Hongrie. Vovtchansk et Koupiansk, des petites villes situées près de Kharkiv que j’avais prévu de visiter, ont été envahies par les troupes russes.

Il y a quelques jours, des vidéos d’une manifestation pro-ukrainienne à Koupiansk ont fait le tour des réseaux sociaux. De grandes manifestations pacifiques ont eu lieu à Kherson, Melitopol, Berdiansk et dans d’autres villes sous contrôle de l’armée russe. Marioupol, bastion de l’Ukraine bordant la mer d’Azov – là où sont nées les réformes post-Maïdan – se situe sur la ligne de contact avec les “républiques populaires” et est de fait continuellement assiégée et détruite par l’armée russe.

Pour les Ukrainiens, dans cette guerre déséquilibrée se joue l’indépendance de leur pays, qui “n’existe pas” aux yeux de Poutine ; mais il en va aussi de la défense des valeurs démocratiques libérales du pays, ainsi que de son droit à décider s’il veut faire partie de l’Union Européenne. 

C’est pour défendre ces valeurs que des centaines de milliers d’Ukrainiens ont manifesté sur la place de Maïdan à Kiev, d’abord en 2004, puis en 2013 et 2014. Il va sans dire que l’Ukraine post-soviétique a rencontré quelques problèmes liés à la corruption et au populisme. Comme dans la majorité des pays d’Europe de l’Est, la société civile ukrainienne est divisée, marquée par une forte radicalisation des mouvements politiques marginaux. Mais cela n’enlève rien au fait qu’aujourd’hui, la principale menace, pour l’Ukraine comme pour l’Europe, vient de Russie. En déclarant la guerre à l’Ukraine, Poutine cherche à détruire l’ordre mondial post-guerre froide et les principes fondateurs des sociétés européennes.

D’après les partisans de Poutine en Russie, ce qui se joue aujourd’hui est le combat du “Monde russe” contre l’“ordre libéral occidental”. Si l’Ukraine n’en est pas un parfait exemple, elle a toutefois ouvert ses portes aux journalistes et écrivains russes en exil, et ce pendant des années. Aujourd’hui, même attaquée, l’Ukraine reste plus libre et démocratique que la Russie, qui a interdit tous les médias indépendants et connaît actuellement une vague d’émigration des classes moyennes éduquées, qui n’est pas sans rappeler l’exode survenu après la révolution d’Octobre de 1917.

Je le répète, l’Ukraine n’est pas la seule cible de Poutine. Du moins, ce n’est sûrement pas le seul p…

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