La vague rouge-vert a propulsé les Verts francophones (ECOLO) à remporter 7,8 % des voix (+2,9 % par rapport aux européennes de 2014) et deux sièges au Parlement européen. Pendant ce temps, le Parti francophone du travail (PTB) a obtenu 5,57 % et son tout premier siège au Parlement européen.

Bien entendu, au niveau global, les trois partis traditionnels sont largement perçues comme étant incapables de relever les défis écologiques. Les partis libéraux et socialistes francophones traditionnels ont tous deux perdu beaucoup de soutien, une tendance qui s'applique aussi, dans une certaine mesure, aux chrétiens-démocrates francophones.

Dans le cas des libéraux, cela peut s'expliquer par leur participation à l'ancien parlement fédéral, qui a procédé à des réformes et utilisé des discours perçus par de nombreux électeurs francophones comme beaucoup trop proches du programme nationaliste flamand. L'utilisation agressive par le parti de vidéos sur YouTube destinées aux Verts francophones, mais basées sur des infox, a peut-être par inadvertance donné au débat écologique une importance encore plus centrale.

Cependant, les Verts ont commis une grosse bourde avec un dépliant qui a été reçu comme étant trop communautaire et complaisant envers le radicalisme islamique, provoquant une tempête médiatique qui leur a sans aucun doute coûté des votes dans les milieux antireligieux en particulier.

La gauche s'est unie dans sa critique sévère de l'"agenda néolibéral" de l'Union européenne, avec un accent particulier sur les traités commerciaux, le mécanisme européen de stabilité et les politiques de la Banque centrale européenne. Il semble qu'une majorité d'électeurs francophones aient appuyé ces critiques, comme en témoigne la présence de personnalités comme le socialiste Paul Magnette, un farouche opposant à l'accord de libre-échange avec le Canada et un partisan d'une "Europe sociale".

La propagation du populisme et de la xénophobie en Flandre

Quant à la Flandre, à l'exception de Bruxelles, le parti d'extrême droite Vlaams Belang a remporté 12 % des voix, soit une augmentation inattendue de pas moins de 7,7 % qui le fait passer de un à trois sièges au Parlement européen et à la deuxième place au total. Les nationalistes flamands d'extrême droite de la Nouvelle Alliance flamande (N-VA) arrivent en tête du classement avec 13,73 %, en léger recul par rapport aux résultats de 2014. Ensemble, les deux partis ont obtenu le soutien de la moitié des électeurs flamands. Cependant, plutôt que de refléter un euroscepticisme prononcé, il s'agit plutôt d'une critique généralisée de la politique d'immigration et de sécurité du pays.

C'est ainsi que le Vlaams Belang (VB) a investi massivement dans une campagne Facebook mettant l'accent sur "la perte des valeurs européennes" et ciblant en particulier la jeunesse flamande. Le VB a également bénéficié d'une nouvelle couverture médiatique pour avoir inscrit le jeune Dries Van Langenhove comme candidat aux élections fédérales du pays, qui se sont tenues le même jour que les élections européennes. Van Langenhove est le fondateur du groupe d'extrême droite Schild & Vrienden et fait l'objet d'une enquête pour diffusion de propagande néonazie. Néanmoins, il entre maintenant au gouvernement fédéral, après avoir obtenu un appui important.

Voix critiques

La critique de l'UE est bien vivante en Belgique, mais varie selon l'endroit où l'on regarde. La Flandre est aux prises avec la vague populiste et xénophobe qui a déferlé sur toute l'Europe, adoptant une ligne très dure sur l'immigration et promouvant des personnalités politiques qui respectent peu la législation européenne et la Déclaration universelle des droits de l'homme lorsqu'il s'agit des migrants. La population francophone se concentre de plus en plus sur la négligence de l'UE à l'égard des questions sociales et écologiques. De telles divisions continuent d'ouvrir la perspective impossible de l'implosion du pays.

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