A l’Europe de créer le Web 3.0

Face aux écoutes de la NSA et à la collecte massive de données utilisateur par les géants d’Internet, il revient à l’UE de lancer les bases du Web à venir. Car elle seule peut garantir un environnement “responsable et partagé” où chacun gèrerait les informations qui le concernent, estime un philosophe français.

Publié le 23 octobre 2013 à 15:21
Sur l'imper : espionnage sur internet

A ce jour, les Etats-Unis représentent la puissance majeure de l’économie numérique. Après les innovations et productions développées par IBM au cours des années 1960, plus tard relayées par Microsoft et Apple, c’est au croisement du nouveau millénaire qu’auront émergé les futurs « géants de l’Internet », Google, Amazon, Facebook, Twitter, et tant d’autres sociétés fondées sur de nouveaux modèles industriels : la recherche de l’information par mots-clés, la vente en ligne ou la mise en place de réseaux sociaux structurées pour le Web. Activités distinctes qui toutes convergent en un point nodal stratégique : celui de la récolte et du stockage de données à caractère personnel, appelées à être traitées et exploitées en vue de multiples applications commerciales.

C’est une connaissance sans cesse approfondie des comportements qui n’a cessé de se développer depuis une quinzaine d’années, avec une augmentation continue de la puissance de traitement des processeurs et de celle de stockage, associée à la croissante sophistication algorithmique. Ce qu’aura occasionné l’économie de l’Internet, et le principe majoritaire associé de gratuité à l’origine de son essor planétaire, c’est une gigantesque mémorisation électronique sur des disques durs et des fermes de serveurs, des gestes quotidiens d’individus connectés sans cesse plus nombreux.

Le hasard de l’histoire aura voulu que les attentats du 11-Septembre aient été commis durant la période de formation encore hasardeuse de ces développements technologico-industriels décisifs. Agression radicalement asymétrique menée contre la première puissance de la planète par une « nébuleuse fuyante » qui aura concouru à ce que l’activité de renseignement se situe aux avant-postes de la politique de défense et de sécurité intérieure, fondée sur la connaissance approfondie du plus grand nombre de personnes, en vue de saisir à l’intérieur d’un plan global et indifférencié tout éventuel projet destructeur.

Ecoutes américaines

Paris proteste, Berlin minimise

Sur Spiegel Online, l’essayiste et blogueur Sascha Lobo salue l’attitude de la France face à l’espionnage américain et déplore qu’elle soit radicalement différente par rapport à celle du gouvernement allemand :

En France, les enregistrement massifs de la part de NSA comprenant 70 millions de conversations téléphoniques des français sont dévoilés. Le président Hollande convoque l’ambassadeur des Etats-Unis en France et même pas 24 heures après il est au téléphone avec Obama. Le ministre des Affaires étrangères français appelle l’espionnage des citoyens “des pratiques inacceptables entre alliés » et le ministre de l’intérieur le trouve “choquant”. L’Allemagne [en revanche] apprend que son pays fait parti de ceux qui sont le plus espionnés en Europe. Angela Merkel attend de voir et minimise. Le ministre de l’Intérieur se rend à Washington et assure à son retour que tout va super bien, c’est un assistant de la NSA qui le lui a affirmé […]. Et finalement le scandale autour les espionnages est clos, juste à temps, juste avant les élections.

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