A ce jour, les Etats-Unis représentent la puissance majeure de l'économie numérique. Après les innovations et productions développées par IBM au cours des années 1960, plus tard relayées par Microsoft et Apple, c'est au croisement du nouveau millénaire qu'auront émergé les futurs "géants de l'Internet", Google, Amazon, Facebook, Twitter, et tant d'autres sociétés fondées sur de nouveaux modèles industriels : la recherche de l'information par mots-clés, la vente en ligne ou la mise en place de réseaux sociaux structurées pour le Web. Activités distinctes qui toutes convergent en un point nodal stratégique : celui de la récolte et du stockage de données à caractère personnel, appelées à être traitées et exploitées en vue de multiples applications commerciales.

C'est une connaissance sans cesse approfondie des comportements qui n'a cessé de se développer depuis une quinzaine d'années, avec une augmentation continue de la puissance de traitement des processeurs et de celle de stockage, associée à la croissante sophistication algorithmique. Ce qu'aura occasionné l'économie de l'Internet, et le principe majoritaire associé de gratuité à l'origine de son essor planétaire, c'est une gigantesque mémorisation électronique sur des disques durs et des fermes de serveurs, des gestes quotidiens d'individus connectés sans cesse plus nombreux.

Le hasard de l'histoire aura voulu que les attentats du 11-Septembre aient été commis durant la période de formation encore hasardeuse de ces développements technologico-industriels décisifs. Agression radicalement asymétrique menée contre la première puissance de la planète par une "nébuleuse fuyante" qui aura concouru à ce que l'activité de renseignement se situe aux avant-postes de la politique de défense et de sécurité intérieure, fondée sur la connaissance approfondie du plus grand nombre de personnes, en vue de saisir à l'intérieur d'un plan global et indifférencié tout éventuel projet destructeur.