Draghi sauve la mise

En annonçant que la BCE va racheter de la dette des Etats en difficulté, Mario Draghi compense une fois de plus l’inaction des dirigeants européens. Et il incarne, une fois encore, celui qui change les règles du jeu : exactement ce dont on avait besoin, se réjouit El País.

Publié le 7 septembre 2012 à 15:27

Cela fait un certain temps que des voix font valoir que la seule solution pour la zone euro serait de parvenir à un compromis entre ceux qui exigent une stricte discipline budgétaire et ceux qui demandent une aide ou une garantie commune pour la dette. Après plus de trois ans, la bureaucratie européenne s’est montrée incapable de proposer des solutions qui permettraient cet équilibre. Entre-temps, la Banque centrale européenne (BCE) a joué le rôle controversé de pourvoyeur de liquidités en urgence pour les situations de plus grande tension sur le marché.

Chaque fois que la BCE réalisait une mise à disposition extraordinaire de liquidités, la gouvernance économique européenne gagnait du temps pour trouver de nouvelles solutions, ce qui ne l’empêchait pas de retomber encore et encore dans l’inaction et la léthargie, menaçant la stabilité même de la monnaie unique. Là-dessus, Mario Draghi est arrivé, et il a changé les règles.

Le président de la BCE a d’abord pris soin de montrer que s’il fallait des facilités de trésorerie, il les apporterait comme personne avant lui et de fait, il a lancé en décembre 2011 et en février 2012 deux programmes de refinancement à long terme singulièrement ambitieux. Mais quand il s’est avéré que les dirigeants européens ne réagissaient pas en conséquence, la BCE a commencé à changer de discours.

Au printemps, et surtout pendant l’été, l’autorité monétaire européenne a imposé des règles du jeu qui allaient changer l’orientation de ce gouvernement économique européen inopérant. D’une part, l’autorité monétaire a rappelé à maintes reprises que ce n’était pas à elle de régler la crise de la dette et de parvenir à l’équilibre souhaité entre rigueur budgétaire et solidarité financière. D’autre part, la BCE a fini par faire un pas en avant astucieux en imposant à la zone euro un ordre du jour que ses dirigeants étaient réticents à adopter.

Une aide soumise à conditions

Draghi a donné l’exemple dès cet été en devenant l’authentique créateur de nouvelles règles du jeu, le game changer dont l’euro avait besoin. Le 6 septembre, la BCE a tenté un pari risqué, mais plus cohérent que ceux que beaucoup s’acharnent à faire. Ainsi, par exemple, certains continuent à rappeler qu’au début de l’été Dragui a affirmé qu’il ferait le nécessaire pour l’euro.

Et il l’a fait. D’abord parce qu’il a obligé certains à accepter les conditions nécessaires : pour l’Espagne, un nouveau sauvetage ; et pour les autres, l’idée que sans solidarité financière il n’y d’avenir pour personne au sein de l’euro. Le titre du programme de rachat de la dette – Outright Monetary Transactions [transactions monétaire fermes] – est à ce titre éloquent. Il pose les bases de ce qui paraissait au départ une entente impossible entre le nord et le sud dans la zone euro. La BCE propose une aide “illimitée” ou “sans réserve” (outright), ce qu’il ne faut pas sous-estimer.

En outre, la BCE continue à se montrer très prudente d’un point de vue monétaire puisqu’elle veut stériliser les achats réalisés, afin d’éviter une simple monétisation de la dette [c’est-à-dire que la BCE retirera du système monétaire l’équivalent de l’argent placé sur le marché de la dette]. Il s’agit de mettre en place une aide soumise à conditions, ce que l’on essayait de faire depuis de nombreux mois sans succès. La nature de l’échange est claire : un sauvetage prudent ou censé être “modéré” (avec des conditions probablement plus dures que celles attendues en Espagne, mais sans rapport avec celles supportées par l’Irlande et la Grèce) comme étape indispensable à un avenir meilleur.

Un sauvetage responsable

Et si les choses se déroulent comme prévu, il faut s’attendre à un soutiencrédible à l’euro et parallèlement à une éventuelle réduction des coûts de financement pour les pays vulnérables, conditions nécessaires mais encore insuffisantes pour que des pays comme l’Espagne retrouvent la confiance des investisseurs. Encore faut-il que cette offre n’échoue pas.

L’Espagne doit en effet solliciter ce sauvetage de manière responsable. Et avec cette décision lourde de conséquences, notre pays va involontairement permettre de ressouder la zone euro, entre autres parce que les spéculateurs affirment que l’avenir de la zone euro est menacé dans les pays du Sud. Ensuite ce sera au tour de l’Italie, qui ne pourra pas y échapper et qui devra elle aussi prendre ses responsabilités. Cela prendra du temps, mais même si cela peut paraître optimiste, c’est peut-être le début de la fin de l’agonie.

Vu d’Italie

Le courage de Mario Draghi

Il Sole 24 Ore, qui milite depuis longtemps pour une intervention comme celle de la BCE du 6 septembre, ne tarit pas d’éloges envers son président.

Mario Draghi “a prouvé qu’il a le courage d’être indépendent” et de tenir sa promesse de faire “tout ce qui est nécessaire pour sauvegarder l’euro”.

Le grand technicien de Francfort a fait son devoir, en faisant preuve d’indépendance et de courage politique, une vertu qui, en ces temps d’élections à répétition, n’est pas courante en Europe. Draghi n’a pas hésité à défier l’opposition ouverte de la Bundesbank et, pire, de l’opinion publique allemande. […] Non seulement il a mis une rustine sur trois ans d’erreurs de mauvaise politique européenne qui a brisé l’euro, l’entraînant au bord du gouffre. Mais il a posé un nouveau jalon pour donner à la monnaie unique une structure plus solide et lui offrir un avenir stable, cohérent et crédible.

La parole passe maintenant aux gouvernements”, écrit le quotidien économique : nombreux sont ceux qui craignent que le filet de sécurité de la BCE ne les pousse au laxisme. Mais la conditionnalité de la demande d’intervention du Fonds européen de stabilité financèire pourrait au contraire “stimuler la mise en place de réformes et d’ajustements accélérés des comptes publics et éviter une mise sous tutelle européenne impossible à vendre à l’opinion publique”.

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